Canada - Euthanasie des chiens et chats: non aux chambres à gaz

12/11/2010

Pierre Pelchat
Le Soleil

(Québec) Près d'une centaine de personnes ont manifesté pacifiquement, vendredi, devant l'Assemblée nationale pour s'opposer à l'utilisation de chambres à gaz pour euthanasier des milliers d'animaux de compagnie par année au Québec.

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Plus d'une centaine de personnes (et de chiens!) ont manifesté devant l'Assemblée nationale, vendredi midi, contre les usines à chiots et l'utilisation des chambres à gaz pour euthanasier les chats et les chiens.
LE SOLEIL, LAETITIA DECONINCK

L'organisatrice de la manifestation, Micheline Robitaille, a qualifié de «cruelle» la mise à mort d'animaux de compagnie par le gaz. Elle estime que cette pratique barbare devrait être interdite au Québec comme elle l'est dans certains États américains.

Mme Robitaille a fait une description de l'euthanasie de chiens et de chats dans une chambre à gaz. «Étant donné la forte concentration de gaz, il devient lourd et descend au sol où sont entassés les animaux. Ces derniers paniquent, se grimpent dessus pour essayer d'avoir de l'air, se frappent sur les parois pour tenter d'en sortir. Ils hurlent, jappent, miaulent. Ils prennent 20 minutes avant de mourir», a-t-elle raconté.

Pour certains animaux, ce n'est pas nécessairement la fin. «Lorsque les portes de cette chambre des horreurs s'ouvrent, il y a du sang, il y a des animaux qui ne sont pas encore décédés. La confirmation de leur mort n'est pas vérifiée, et ils sont mis directement dans un congélateur où ils achèvent de mourir», a-t-elle poursuivi.

Mme Robitaille croit qu'il serait préférable que l'on utilise la méthode par injection. À son avis, cela ne coûterait pas plus cher que d'employer une chambre à gaz conforme.

Le président de l'Ordre des vétérinaires du Québec, le Dr Joël Bergeron, a donné en partie raison aux manifestants. «Ce que dénonce Mme Robitaille est tout à fait inacceptable», a-t-il affirmé au réseau RDI.

Par contre, il croit que l'utilisation du gaz carbonique est une méthode acceptable si elle est appliquée de façon adéquate. Un projet de règlement est en préparation au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. Il est attendu d'ici le mois de mars. «L'objectif du règlement est de bien réglementer l'utilisation de la méthode au gaz», a-t-il précisé.

Par ailleurs, Mme Robitaille a dénoncé les «usines à chiots», qui peuvent contenir plus de 300 animaux dans des conditions d'insalubrité faute de réglementation adéquate. «Le Ministère accepte que soient gardés des centaines de chiens dans des granges s'ils ont un bol d'eau et de la nourriture. Le bol de nourriture est souvent une parure parce que les chiens ne sont pas capables de manger. Ils ont déjà, à six ans, les dents tellement cariées qu'ils s'empoisonnent à cause de l'infection. D'autres ont des gales sur la bouche. D'autres la mâchoire fracturée. Ils souffrent trop ou sont trop malades pour manger», a-t-elle affirmé.

La loi ciblée

L'organisatrice de la manifestation ne blâme pas les inspecteurs nommés par le Ministère. Elle s'en prend plutôt à l'inaction du gouvernement. «Souvent, les inspecteurs ne peuvent rien faire. J'ai vu un inspecteur laisser des chiens squelettiques sur place parce que rien dans la loi ne l'autorisait à les sortir de cet endroit infect, puisqu'ils avaient un bol d'eau», a-t-elle déploré.

En contrepartie, le Dr Bergeron a indiqué que le règlement en préparation contiendra des mesures qui donneront plus de moyens aux inspecteurs pour intervenir. Cette mesure risque d'être insuffisante. «Ce sera une première étape», a-t-il dit.

Le prochain règlement n'ira toutefois pas jusqu'à limiter le nombre de chiots d'un éleveur. «Ça peut être un prochain objectif à atteindre», a affirmé le vétérinaire.

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