"Titou" sauvé après 8 jours dans un trou

11/19/2008
Partager
 

Robert Aliaga a été le premier à accueillir Titou à sa sortie de l'aven. Un peu amaigri, mais sans blessures, le chien de chasse était déjà prêt pour de nouvelles aventures.
Photo Éric Camoin

Le scénario n'a pas fait l'objet d'un épisode des Experts, mais il restera longtemps dans les mémoires des habitants. Il faut dire qu'à Banon, dans les Alpes-de-Haute-Provence, Titou a déjà la réputation d'une star… Hier, ce grand griffon vendéen de 40 kg a miraculeusement été extrait d'un gouffre de dix mètres de profondeur. Il y avait chuté sept jours auparavant, alors qu'il coursait un sanglier lors d'une battue.

"Titou avait perdu la trace de mes autres chiens, alors je l'ai incité à les rattraper", confie son maître, Robert Aliaga, de l'Isle-sur-la-Sorgue. "Quand j'ai perdu le signal de son appareil de repérage, je me suis fait un tas de films. J'étais convaincu qu'on l'avait volé ou tué, et voilà que maintenant, je dois le retenir pour qu'il ne s'éloigne pas trop, c'est inespéré !" Le mot est faible.

Si Titou est vivant aujourd'hui, cela relève du miracle. Le gouffre recouvert de bruyère a entraîné l'animal dix mètres plus bas, sans paroi pour se rattraper ou amortir le choc. Au fond de l'aven, le chien est tombé sur de la roche. Il est inespéré, en effet, qu'il ne se soit pas au moins cassé une patte. Mais la chance de l'animal ne s'est pas arrêtée là.

Dimanche, un autre chasseur qui connaissait le trou et l'existence du chien perdu, a tenté le coup : "J'ai crié son nom, j'ai sifflé, il n'a pas aboyé. J'ai failli partir lorsque j'ai entendu sa clochette tinter !" L'alerte est aussitôt donnée au centre de secours de Banon qui, une fois sur les lieux, décide de mobiliser une équipe de spéléologues pour libérer l'animal.

Ayant appris la nouvelle, Robert Aliaga est venu nourrir son chien qui s'hydratait tout ce temps grâce à l'eau des parois : "Je savais qu'on allait le libérer, mais j'avais besoin d'être près de lui, ça m'a beaucoup rassuré."

Intervention d'une heure
Le lendemain, trois spéléologues, un sapeur-pompier et le propriétaire de Titou étaient en marche. Mais une fois devant le gouffre, difficile de maîtriser la réaction d'un chien apeuré, dans le noir depuis huit jours et seulement deux poulets dans l'estomac.

Les spéléologues… Même pas peur ! "C'est vrai qu'on ne peut pas savoir comment il va réagir, mais il n'a quand même pas le poids d'un être humain, relativise Jean Maurizot. Cette intervention n'est pas un problème. Le chien a l'air d'aller bien. La seule chose qu'on a en tête, c'est un sentiment de joie. On va sauver cet animal et ça, c'est incroyable." À quelques mètres à peine du chien, les propos du professionnel se confirment : "Tout va bien, on dirait un nounours, il est incroyablement sage et sait que je suis là pour le sauver."

Un accident fréquent
Le scénario du sauvetage aurait pu être idéal si le spéléologue n'avait pas fait une autre découverte. Dans le gouffre, il n'y avait pas qu'un collier qui scintillait… mais trois ! Visiblement, deux autres chiens de chasse n'ont pas eu autant de chance que Titou. Le spéléologue n'a retrouvé que la carcasse du premier et le corps sans vie de l'autre. Puis c'est avec le griffon beige dans les bras, attaché à un harnais de sécurité et pendu à une échelle horizontale, qu'il remontera l'aven au bout d'une demi-heure.

Des sourires, des remuements de queue, décidément plus de peur que de mal, malgré quelques kilos en moins. "Mon chien va se reposer pendant environ deux semaines. Mais je sais déjà que, dès que possible, il voudra repartir pour de nouvelles aventures."

Nadia Tighidet