Pétitions et langue d’Ésope

07/29/2011
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Ésope était un esclave qui racontait des fables. Il a servi de modèle à de nombreux écrivains. La Fontaine nous raconte cette anecdote. Le maître d’Ésope lui demande de préparer, pour un banquet, un mets délicieux, il reçoit des hôtes qu’il apprécie. Ésope s’exécute et les convives se régalent. Le maître lui demande alors le nom du plat. « De la langue, maître ; la langue est la meilleure des choses. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, avec elle on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées... »

« Eh bien prépare-moi pour demain la pire des choses, je reçois de nouveaux convives et je souhaiterais qu’ils ne revinssent point ». Ésope s’exécute à nouveau et il sert un plat exécrable. Les invités partis, le maître lui demande le nom du plat. « De la langue, maître » ! « Comment ça » ? « La langue est aussi la pire des choses, la mère de tout les débats, la nourrice des procès, la source des guerres, de la calomnie et du mensonge ; tout dépend de comment on l’utilise ».

Cette anecdote me sert d’introduction pour aborder deux pétitions que j’ai signées sur mesopinions. com. Les deux concernent les accidents canins et ont été inspirées par la défiguration récente d’une fillette par le bullmastiff familial, chien non catégorisé comme chien dangereux par la loi de 2008 sur les chiens dangereux. Aucun des chiens ayant causé récemment des accidents n’est d’ailleurs catégorisé par cette loi. Cela ne signifie pas bien sûr que les chiens catégorisés ne sont pas dangereux, tous les chiens l’étant, et pas que les chiens.

Et la première proposait un durcissement de la loi de 2008, elle-même étant un durcissement de celle de 1999, loi déjà fondée sur le même postulat raciste et stigmatisant certaines races prétendues porteuses du gène de la dangerosité et même de la rage ! La pétition proposait un second durcissement de cette loi déjà durcie et j’en viens à me poser la question, à savoir si, de durcissement en durcissement, on n’en arrivera pas à éradiquer tout court certaines races canines et pourquoi pas tous les canidés ? Et on nous posait la question : êtes-vous pour un second durcissement de cette loi ? Par principe j’ai répondu : non ! Et j’ai même été étonné que 52 % aient répondu non comme moi. On ne peut pas répondre à une telle question si on ne connaît pas le contenu de ladite loi.

Voilà le type de pétition qui, comme la langue d’Ésope, est la pire des choses, la mère de tous les débats foireux au Parlement, la nourrice des stigmatisations raciales, la source de dépenses inutiles pour les maîtres des chiens mis à l’index, de la pure intox et calcul électoral. Tout dépend de la façon de l’utiliser.

Et la seconde, bien étoffée quant à son contenu, était d’une toute autre nature. Titre : « Un chien, ou tout autre animal, n’est pas une peluche ». J’ai signé sans hésiter et j’ai même pu ajouter un commentaire. Nos gouvernants comprendront-ils le message d’une telle pétition ? Rien n’est moins sûr ! Ils auront tort une fois de plus car il faut, pour limiter le risque d’accidents par morsure, protéger l’animal, et évidemment la population, la protection de l’un et de l’autre exigeant un traitement global.

Cette vision du problème est bien la meilleure des choses, la mère de tous les débats utiles au Parlement, la nourrice de la sécurisation des citoyens, la source de conseils utiles pour les enfants et les maîtres des chiens, toutes races ou non-races confondues, de la pure info et un acte citoyen.

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