Luxembourg - Histoire de chien

19.10.2007
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Ils veillent au grain, les protecteurs des animaux. C'est une bonne chose. Mais tant que le procès de cet agriculteur imprudent qui avait attaché son chien à l'arrière de la voiture pour traverser Aspelt, n'a pas eu lieu, la défense rappelle la Ligue à l'ordre.
Geneviève Montaigu

Luxembourg.- L'affaire en avait ému plus d'un. Les amis des animaux étaient tous scandalisés et un agriculteur d'Aspelt, aussitôt lynché par la Ligue pour la protection des animaux. Son tort : avoir traîné son chien derrière sa voiture, attaché au bout d'une corde. C'était en novembre dernier, une automobiliste a surpris cette scène et a immédiatement alerté les autorités.
La Ligue pour la protection des animaux (LPA) s'est emparée du dossier… et du chien, ce pauvre Félix, retiré illico à son maître pour mauvais traitement. Le procès de l'agriculteur était prévu mardi matin, mais il a été reporté au 20 décembre, le parquet n'avait pas pris la peine de faire citer de témoin à charge. L'agriculteur s'est donc contenté de nier les faits.
Il faut croire que l'accusation pouvait se passer d'entendre ceux qui accusent l'agriculteur de malmener son chien. Mais devant le tribunal, la LPA a fait savoir son mécontentement devant les caméras de RTL Télé Lëtzebuerg, guère friande, d'ordinaire, de chroniques judiciaires.
Cependant, quand cela touche au bien-être des animaux, on sait combien l'émotion est grande dans le pays. Pour preuve, la LPA a débarqué au tribunal, mardi matin, avec ses nombreux classeurs renfermant les 37 468 signatures recueillies dans le cadre de ce dossier pour que Félix ne soit plus jamais rendu à son maître.
Les ardents protecteurs des animaux ont affirmé devant les caméras que le prévenu avait quasiment tué son chien, selon le témoignage de l'automobiliste qui suivait l'agriculteur. Elle n'avait pas été citée par le parquet non plus, d'ailleurs, cette dame, qui sera certainement présente le 20 décembre prochain, pour que le procès de l'agriculteur puisse avoir lieu.

Le chien était maltraité

En attendant, l'avocat du prévenu, Me Chris Scott, s'est dit scandalisée par les pratiques de la LPA qui «accuse publiquement mon mandant par voie de presse d'être un homme cruel envers les animaux, sans même le connaître ni l'avoir rencontré !».
Les protecteurs ont effectivement affirmé que le chien était maltraité, battu par son maître et mal soigné. Or, visiblement, le dossier ne contient rien d'autre que cet épisode malheureux survenu dans le village d'Aspelt. Félix est devenu un chien célèbre dans le pays après sa mésaventure, exhibé lors d'assemblées générales de la LPA. Le maître, lui, réfute toutes les accusations de la LPA. Et explique même pourquoi le chien était attaché à l'arrière de sa Jeep, pour traverser le village, sur une distance d'un kilomètre. D'abord, le chien avait l'habitude de courir derrière la voiture dès que son maître prenait le volant pour quitter la ferme. Il n'a pas voulu l'enfermer pour éviter que le chien le suive, alors il l'a attaché derrière la voiture au bout d'une corde et le chien courait.
Mais le chien est tombé et son maître ne l'a pas vu tout de suite. Derrière lui, la dame au volant qui assiste, ébahie, à la scène, klaxonne. Le prévenu qui est arrivé à son rendez-vous, non loin de la ferme, voit effectivement son chien blessé. La conductrice qui suit le menace immédiatement d'appeler la police, et c'est ce qu'elle a fait. Le chien a été blessé, oui, il a dû subir une intervention chez le vétérinaire qui a suturé quelques plaies. Mais rien de grave, visiblement, puisqu'un autre témoin a vu le chien assis, près de la voiture.
Il n'existe aucun autre témoignage pour appuyer les dires de la LPA concernant les mauvais traitements. L'agriculteur a commis une grande imprudence, oui. Mais la ligue a fait circuler une pétition pour demander la confiscation du chien. Pire, devant les caméras, les protecteurs des animaux n'hésitent pas à dire que cet agriculteur ne devrait plus jamais avoir le droit de tenir des animaux chez lui.
«Suite à la campagne publique d'incitation à la haine lancée par l'association contre mon mandant, il a reçu des menaces, des insultes et des lettres anonymes, alors qu'il a toujours choyé et bien soigné tous ses animaux, que ce soit des chiens, des chats, des chevaux, des vaches, des cochons ou des poules! Et encore, les qualités d'éleveur de mon mandant ont été reconnues à l'occasion des plus importants concours d'animaux agricoles et expositions de bestiaux», souligne l'avocate de l'agriculteur, qui ne souffre pas que la LPA puisse ainsi déblatérer ce qu'elle veut sans preuve.
D'ailleurs, les services vétérinaires ne sont jamais venus chez lui pour observer un quelconque cas de mauvais traitement. «Le traumatisme le plus grave dont souffre Félix c'est d'être séparé de sa maison et de sa famille, loin de sa ferme, ses hectares de terres, de ses vaches et de ses cochons!», assène Me Scott, qui conclut : «La LPA veut organiser un abandon forcé, mais un chien n'abandonne pas !».
Il faudra attendre le 20 décembre prochain, pour connaître le contenu du dossier répressif et se faire une idée de la réalité des faits.