Apprendre à un chien à gérer sa frustration

Un Bouledogue Français frustré boude allongé sur le parquet

Qu'elles possèdent ou non un animal, un nombre croissant de personnes sont conscientes que les chiens et beaucoup d'autres espèces sont capables de ressentir des émotions, comme les humains.


Bien sûr, certains sentiments complexes comme l'amour ou l'amitié nous sont probablement propres, mais d'autres comme la frustration sont présents aussi chez nos compagnons, et peuvent poser problème dans la cohabitation. Il faut donc savoir ce qui peut la provoquer et apprendre à la gérer, mais aussi à leur permettre de la gérer.


Qu'est-ce qui génère de la frustration chez un chien ? Quels en sont les symptômes ? Quand et comment lui apprendre à se maîtriser ?

Qu'est-ce que la frustration ?

Un chien de type Bouledogue avec un air frustré

La frustration est une réponse émotionnelle proche de la déception, que l'on ressent lorsqu'on est dans l'incapacité d'accomplir ses désirs ou d'aller au bout de sa volonté, que cela soit à cause d'une résistance ou opposition externe, ou bien d'une cause interne.

 

La frustration est assez proche de la colère : d'ailleurs, lorsqu'elle est forte, elle peut conduire à des comportements agressifs voire violents. C'est pourquoi il est utile d'apprendre à la maîtriser et la gérer.

 

Elle existe chez l'être humain, mais aussi chez certains animaux - dont le chien. Dans la nature, elle a une utilité pour lui, dans la mesure où elle le pousse à satisfaire ses besoins élémentaires : nourriture, jeu, activité sexuelle... Néanmoins, lorsqu'elle est mal gérée, elle engendre à la fois du stress pour lui et des comportements problématiques pour son entourage.

Dans quels cas un chien ressent-il de la frustration ?

Il existe un certain nombre de situations dans lesquelles un chien peut éprouver de la frustration. Les plus courantes sont en lien avec la nourriture et la sexualité, mais ce ne sont pas les seules.

La frustration face à la nourriture

Un Basenji vole de la nourriture dans une assiette sur la table

Comme pour n'importe quel animal, se nourrir est l'un des besoins essentiels d'un chien. Il est donc logique que la recherche de nourriture puisse être source de frustration lorsqu'elle s'avère infructueuse.

 

Celle-ci se manifeste par exemple lorsqu'il se voit empêché de manger quelque chose d'appétissant qu'il a repéré (morceau de viande, os, fruit...), qu'on lui refuse de la nourriture qu'il réclame, qu'il n'a pas la possibilité de manger à sa faim, ou qu'on lui retire sa gamelle alors qu'il ne l'a pas encore terminée.

La frustration liée à la sexualité

Un Jack Russel saute par-dessus la clôture

Pour un chien non stérilisé, la saison des amours peut être difficile à gérer, notamment s'il n'est pas possible pour lui de s'accoupler.

 

Que cela soit parce qu'il ne trouve pas de partenaire de reproduction ou parce qu'il n'a pas la possibilité de le rejoindre, la frustration générée peut être très forte. D'ailleurs, cette période va souvent de pair avec des troubles du comportement : stress, fugues, agressivité...

 

C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles il est globalement recommandé de faire stériliser son chien si on ne souhaite pas le faire se reproduire : cela évite qu'il ressente une importante frustration sous l'effet des hormones, et permet qu'il soit plus apaisé.

La frustration liée à un objet

Un jeune Border Collie tient une corde dans sa gueule pour jouer

Un chien peut également être frustré lorsqu'il ne peut accéder à un objet auquel il tient - le plus souvent un jouet.

 

Cela se produit par exemple si on ne souhaite pas lui donner un objet qu'il réclame, si un autre animal ne veut pas partager certains accessoires avec lui, s'il ne trouve pas quelque chose qu'il recherche, ou si un jouet qu'il souhaite obtenir est hors de sa portée.

La frustration liée à la solitude

Un petit chien attend son maître devant la porte de la maison

Le chien est un animal social, qui n'est pas fait pour passer beaucoup de temps seul et loin de sa famille.

 

Bien entendu, tous n'ont pas exactement le même caractère : en fonction notamment de leur race, certains sont plus indépendants que d'autres, et s'en sortent mieux face à une solitude « imposée ». Malgré tout, cette situation est susceptible d'entraîner à terme une certaine frustration, en fonction de la récurrence des absences et de la capacité de l'animal à gérer ces situations.

 

Cela dit, la frustration liée à la solitude n'est pas forcément que le fait de moments où le chien se retrouve effectivement seul au domicile : il peut aussi se sentir frustré s'ils sont présents et qu'il leur réclame de l'attention sans parvenir à l'obtenir, parce qu'ils sont affairés à autre chose.

La frustration liée à un changement

Un Border Collie aux yeux bleus tient sa gamelle vide dans sa gueule

Tout changement dans la routine ou retard dans l'emploi du temps habituel (par exemple si l'on rentre au domicile plus tard que d'habitude ou prépare la gamelle à une heure plus tardive) est susceptible d'engendrer de la frustration.

 

En effet, même si la capacité d'adaptation d'un chien est grande, il est tout de même attaché à sa routine, et vit d'autant moins bien les changements qu'il n'en comprend pas les raisons ni ne sait combien de temps cela va durer. S'il gère bien sa frustration, cela ne pose pas forcément problème ; dans le cas contraire, il peut développer un vrai stress, voire souffrir de dépression.

Comment savoir si un chien est frustré ?

Un Chihuahua grogne et montre les dents

Quelle qu'en soit la raison, un chien qui se sent frustré peut manifester son état par différents signes et symptômes assez équivoques.

 

Il peut s'agir notamment :

  • de vocalises plaintives : gémissements, jappements... ;
  • d'une attitude de stress et/ou d'impatience ;
  • d'aboiements bruyants ;
  • de grattements, coups de museau et attitudes visant à insister ;
  • de grognements menaçants, pincement voire morsure envers celui qui lui refuse ce qu'il demande.

 

Bien entendu, l'intensité des problèmes de comportement dépend en grande partie de la situation et de la frustration ressentie : plus il désire ce qu'il ne peut obtenir, plus il est frustré, et plus cela se manifeste.

 

Il faut faire attention d'ailleurs au risque de cercle vicieux si l'on cède devant ces comportements pour avoir la paix. En effet, s'il constate qu'il parvient à obtenir ce qu'il réclame en adoptant tel ou tel comportement, il y a des chances qu'il prenne l'habitude de faire de même les fois suivantes.

À partir de quel âge un chien peut-il apprendre à gérer la frustration ?

Un Chihuahua avec un air frustré allongé sur le canapé

La gestion de la frustration intervient très tôt dans la vie du chien.

 

En effet, alors qu'il n'est encore qu'un chiot, sa mère lui apprend déjà une forme d'auto-contrôle en le repoussant par moments, en réfrénant ses ardeurs quand il insiste pour jouer ou manger, en le calmant voire en le punissant quand il est un peu trop foufou avec ses frères et soeurs, etc.

 

Néanmoins, cet apprentissage ne suffit pas pour le rendre parfaitement équilibré : il revient donc au maître de poursuivre le travail.

 

Pour cela, il convient d'imposer des règles claires et constantes dès l'arrivée du chien dans le foyer : les endroits où il n'a pas le droit d'aller, les meubles qui lui sont interdits... Cela n'est pas forcément si évident, car c'est généralement une période où tous les regards et l'attention sont tournés vers le nouveau venu, et où tout est bon pour lui faire plaisir. Or, mieux vaut ne pas céder à tous ses caprices et commencer à poser des limites, pour lui faire comprendre que l'on n'obtient pas toujours ce que l'on souhaite. C'est bénéfique tant lui que pour ses maîtres, et pour leur bonne entente tout au long des mois et années qui suivent.

 

Cela dit, même si ce travail n'a pas été fait - ou fait correctement - dès l'adoption, il ne faut pas désespérer : il demeure possible de corriger le tir à n'importe quel moment, car un chien peut apprendre à tout âge. Cela reste toutefois plus long et difficile de revenir sur des mauvaises habitudes que de fixer de bonnes règles dès le départ. Il peut d'ailleurs alors être nécessaire de faire appel à un professionnel pour éduquer son chien - ou le rééduquer, le cas échéant - afin de le ramener dans le droit chemin.

Comment apprendre à son chien à gérer sa frustration ?

La frustration d'un chien se gère de deux façons différentes et complémentaires :

  • d'une part, en imposant diverses règles pour lui montrer qu'on ne cède pas à tous ses caprices ;
  • d'autre part, en ayant recours à des exercices simples pour lui apprendre à se maîtriser.

Les règles à instaurer

Un chien de type Bobtail tente d'entrer dans une pièce interdite

Instaurer dès le début de la cohabitation des règles simples pour montrer à son chien qui décide est indispensable pour canaliser sa frustration et l'habituer à la gérer.

 

Ainsi, il est recommandé de :

  • le faire manger seul et après le reste de la famille ;
  • ne pas lui donner de restes de table, même s'il en réclame ;
  • définir des pièces où il n'a pas le droit d'entrer ;
  • ne pas le laisser s'allonger ou dormir n'importe où ;
  • lui apprendre à ne pas tirer sur sa laisse lors des promenades ;
  • ne pas le laisser chevaucher des humains ;
  • ne pas le laisser être à l'initiative des jeux, des sorties ou des interactions.

 

Avec ces règles simples, le chien comprend que ce n'est pas lui le chef de la famille, et donc qu'il doit parfois accepter les décisions prises par d'autres, même si cela ne lui convient pas forcément. C'est un bon moyen pour lui d'apprendre à gérer sa frustration en étant par moments confronté à des refus.

Les petits exercices à pratiquer

La frustration d'un chien ne se gère pas forcément qu'avec des règles, même si ces dernières aident à poser un cadre et à limiter les débordements les plus importants. En effet, plusieurs petits exercices peuvent également contribuer à améliorer les choses.

L'exercice du renoncement

Un chien Carlin attend pour recevoir une friandise

La frustration d'un chien se gère également avec des petits exercices qui permettent de renforcer l'apprentissage du renoncement, c'est-à-dire le fait de renoncer à quelque chose que l'on s'apprête à faire. L'idée est de montrer qu'insister - voire faire preuve d'agressivité - pour atteindre son but est moins efficace que de se montrer patient.

 

La méthode d'apprentissage du renoncement est assez simple, même si elle nécessite de faire preuve de beaucoup de patience. Il suffit de prendre en main un objet que le chien apprécie (nourriture, jouet...) et de le lui présenter comme pour l'inciter à s'en saisir. Lorsqu'il est sur le point de l'attraper, il faut dire un « Non ! » ferme - mais sans crier. S'il s'arrête, détourne les yeux voire recule, il faut le féliciter et lui donner l'objet en question en guise de récompense. Ce faisant, il apprend à ne pas toujours obtenir tout de suite ce qu'il demande, à faire preuve de patience et à contrôler sa frustration.

 

L'exercice doit être répété jusqu'à ce qu'il soit parfaitement maîtrisé, c'est-à-dire que le chien renonce dès qu'on le lui demande, quelle que soit la situation.

L'exercice de l'autocontrôle

Un jeune Border Collie tire sur la corde que tient son maître

En plus du travail sur le renoncement, un autre moyen d'apprendre à son chien à gérer sa frustration est de l'aider à renforcer son autocontrôle, c'est-à-dire sa capacité à se contrôler lui-même.

 

Pour cela, la meilleure méthode consiste à procéder de la sorte :

  • choisir un jouet de type anneau ou corde à tirer ;
  • inciter le chien à en attraper une extrémité en le lui tendant ;
  • jouer avec lui en faisant osciller l'objet de droite à gauche, en se baissant pour être à sa hauteur mais sans jamais tirer l'objet vers soi ;
  • une fois que le chien commence à bien s'amuser mais avant qu'il ne soit trop excité, mettre fin au jeu en se redressant et en disant « Stop ! » d'une voix ferme.

 

S'il lâche effectivement le jouet, il faut le féliciter chaudement, pour lui montrer que c'est ce qui est attendu de lui. En revanche, s'il refuse de lâcher, il ne faut surtout pas tenter de récupérer l'objet de force : l'idée est de le faire coopérer, et non de le contraindre. Du reste, en fonction de son gabarit et de sa puissance, il pourrait bien être le plus fort à ce petit jeu... Mieux vaut plutôt rester bien immobile pour montrer que le jeu est fini, et si cela ne suffit pas, tenter de le faire lâcher en lui proposant autre chose à la place (par exemple des croquettes ou un autre jouet).

 

Grâce à cet exercice, le chien apprend à mieux contrôler son excitation et à ne pas se laisser déborder par ses émotions, même dans des moments plaisants. Il ne reste plus qu'à répéter ce petit jeu de temps en temps, jusqu'à ce qu'il le maîtrise parfaitement et lâche dès qu'on le lui demande.

Les limites de la gestion de la frustration

Un petit chien frustré allongé dans l'herbe au coucher de soleil

Même s'il est possible d'aider un chien à mieux gérer sa frustration, il ne faut pas pour autant abuser de sa patience et négliger ses besoins essentiels : alimentation, attention, stabilité...

 

En effet, la maîtrise de la frustration ne peut se faire qu'à condition qu'il existe un véritable lien de confiance avec son maître et sa famille. S'il est malheureux, a l'impression qu'on le néglige ou qu'il ne peut pas compter sur ses proches, l'apprentissage risque d'être infructueux.

 

Par conséquent, il ne sert à rien de chercher à lui apprendre à être moins frustré si on ne lui fournit pas des conditions d'existence agréables. Cela suppose de :

  • lui donner une nourriture de qualité à heures à peu près fixes ;
  • s'assurer qu'il évolue dans un espace suffisamment vaste ;
  • faire en sorte qu'il dispose d'un endroit bien à lui, où il peut s'isoler et se reposer au calme si besoin ;
  • lui consacrer de l'attention tous les jours pour jouer avec lui, lui faire des câlins et/ou l'éduquer ;
  • lui procurer suffisamment de promenades et sorties en tous genres pour qu'il puisse se dépenser, découvrir de nouveaux environnements et faire des rencontres (humains, congénères, représentants d'autres espèces...).

 

Si ses besoins essentiels sont remplis, son éventuelle frustration est de fait moins importante que s'il n'est même pas sûr de pouvoir manger à sa faim, s'il n'a pas la possibilité d'être tranquille par moments ou s'il passe ses journées à s'ennuyer ferme.

Vidéo sur la frustration chez le chien

 

Conclusion

La gestion de la frustration fait partie intégrante de l'éducation d'un chien : c'est elle qui lui permet de se montrer patient et d'être capable de renoncer à certaines choses lorsqu'on le lui demande, sans que cela ne soit source de stress ou d'agressivité.

 

Chez un chien bien équilibré, cet apprentissage n'est pas très compliqué : la clé est surtout d'une part de ne pas céder systématiquement à ses demandes, et d'autre part de pratiquer des petits exercices qui évitent qu'il ne devienne impatient voir capricieux. Chez d'autres en revanche, cela nécessite un véritable travail, en particulier s'ils manquent d'autocontrôle : dans ce cas-là, l'aide d'un éducateur professionnel est généralement souhaitable.

Par Aurélia A. - Dernière modification : 25/03/2022.