
En parallèle des proverbes contenant le mot « chien » qui sont utilisés sur l’ensemble du territoire français (voire aussi dans d’autres pays francophones), il en existe qui sont spécifiques à certaines régions ou issus de langues régionales : le provençal, le breton, le créole...
La plupart sont assez transparents du fait qu’ils reposent sur une image parlante, mais d’autres sont en revanche difficiles à saisir : généralement parce que le contexte culturel dans lequel ils s’inscrivaient a disparu, et parce que les sources anciennes qui les mentionnent n’expliquent pas leur signification.
Chaque chien lèche ses parties selon son goût
(en créole : Chak chyen ka niché cal a-y a gou a-y)
Ce proverbe signifie que chacun est libre de faire comme il l’entend.
Le chien a quatre pattes, mais il n'est pas capable de prendre quatre chemins
(en créole : Chyen tini kat pat, i pa ka pwan kat chimen)
Ce proverbe signifie qu’il faut parfois savoir choisir lorsqu’il n’est pas possible de poursuivre plusieurs objectifs en même temps – ou « courir deux lièvres à la fois », comme le dit une célèbre expression française.
Le chien n'aime pas la banane et il ne veut pas que la poule en mange
(en créole : Chyen pa lé bannann, i pa lé poul pran'y)
Ce proverbe signifie que certains préfèrent jeter que donner, que ce soit par jalousie ou mesquinerie.
Tout chien est fort à la porte de son maître
(en créole : Tout chyen fò douvan lapòt mèt-li)
Ce proverbe signifie qu’on est plus fort ou plus audacieux dans un environnement que l’on connaît. Autrement dit, il exprime la même idée que le proverbe français « Chien sur son fumier est hardi » et le proverbe breton « Tout chien est hardi dans sa maison ».
Voici quatre proverbes couramment présentés comme étant d’origine basque ou gasconne, mais sur lesquels existe très peu d’informations.
Là où le chien sent son mal, il y porte la langue
Ce proverbe signifie sans doute qu’on a tendance à se concentrer naturellement sur ce qui nous touche personnellement.
Le chien ne mange pas lui-même le son, et il ne veut pas le laisser aux poules
Ce proverbe peut être rapproché du proverbe antillais « Le chien n’aime pas la banane, et il ne veut pas que la poule en mange », qui signifie que par jalousie ou par mesquinerie, certains préfèrent jeter que donner.
Le panier du chien qui a deux maîtres est placé très haut
Le sens de ce proverbe est aussi obscur que ses origines...
Tout bon chien est pour les loups
Il existe différents proverbes mêlant chiens et loups, mais la signification de celui-ci demeure une énigme.
Il ne vaut pas montrer le lièvre au bon chien
Ce proverbe est relevé dans Les Proverbes et Dictons de la Franche-Comté, publié en 1876 par l’écrivain et médecin français Charles-François-Alexandre Perron (1824-1892). On peut le considérer comme l’équivalent pour un chien de chasse du proverbe français « Il n’est pas nécessaire de montrer le méchant au chien », qui s’appuie pour sa part sur l’image d’un chien de garde. Ce dernier signifie qu’il est inutile d’expliquer aux personnes habiles ce qu’elles ont à faire.
Quand on veut tuer son chien on l'appelle cagne
Ce proverbe est également mentionné en 1876 par Charles-François-Alexandre Perron dans Les Proverbes et dictons de la Franche-Comté. Il faut ici entendre cagne dans son sens ancien de « chien de mauvaise race », et on peut le rapprocher du proverbe français « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Celui-ci souligne que, quand on veut nuire à quelqu’un, on trouve toujours un bon prétexte pour le faire.
À mauvais chien courte chaîne
Ce proverbe est recensé par l’écrivain français Étienne Garcin (1784-1859) dans son ouvrage de 1823 intitulé Le Nouveau Dictionnaire provençal français, précédé d’un abrégé de grammaire provençale française et suivi de la collection la plus complète des proverbes provençaux. Il est l’équivalent du proverbe français « À méchant chien court lien » : comme lui, il signifie donc probablement que les personnes malveillantes doivent être surveillées de près, voire entravées.
Deux chiens pour un os, fais-les accorder si tu peux
Ce proverbe est mentionné dans le recueil Dictons d’oc et proverbes de Provence, publié en 1965 par l’écrivaine française Marie Mauron (1896-1986). Il signifie probablement qu’il est difficile de faire s’accorder deux rivaux qui se disputent le même objet de convoitise, ou bien qu’il faut tâcher d’y parvenir.
Chien méchant, beau pelage
Ce proverbe figure dans Le Nouveau Dictionnaire provençal-français créé par Étienne Garcin et publié en 1823. Son sens semble très proche de celui du proverbe français « À méchant chien belle queue » : il signifie sans doute qu’il ne faut pas se fier à des apparences attrayantes, car derrière elles peut se cacher de la malveillance.
La queue des chiens remue mais ne tombe pas
Étienne Garcin mentionne également ce proverbe en 1823 dans Le Nouveau Dictionnaire provençal français. À l’instar des autres qu’il cite, il n’en donne pas la signification. Celle-ci demeure assez obscure.
Les chiens blancs deviennent enragés tout aussi bien que les noirs
Ce proverbe figure également dans Le Nouveau Dictionnaire provençal français, publié en 1823 et écrit par Étienne Garcin. Jouant sur l’éternelle opposition entre blanc et noir, bien et mal, il signifie certainement que les apparences n’empêchent ni les défauts ni les vices.
Où sont les chiens, des puces ; où est le pain, des rats ; où est la femme, le diable
Ce proverbe est évoqué dans les Dictons d’oc et Proverbes de Provence compilés en 1965 par Marie Mauron. Ouvertement ironique et misogyne, il signifie probablement que chaque chose positive va de pair avec des désagréments.
Pour manger lièvre ou lapin, il faut sentir vesse de chien
Pour bien comprendre ce proverbe, également relevé par Marie Mauron en 1965 dans ses Dictons d’oc et Proverbes de Provence, il faut entendre « vesse » dans le sens de « gaz malodorant ». Mettant en avant le rôle du chien de chasse tout en le dénigrant, il signifie sans doute que, pour obtenir quelque chose de bon ou désirable, il faut parfois accepter quelque chose qui est désagréable ou pénible.
Si un chien blanc t'a mordu il ne faut pas qu'un chien noir le paie
Ce proverbe est relevé par Étienne Garcin en 1823 dans Le Nouveau Dictionnaire provençal français. À l’instar du proverbe provençal « Les chiens blancs deviennent enragés tout aussi bien que les noirs », il utilise le symbolisme du blanc et du noir pour évoquer les apparences. On peut supposer qu’il signifie qu’il ne faut pas se venger sur une cible facile du tort que nous a fait subir une personne qui semblait sans reproche.
Tout chien commande à sa queue, sauf si on la lui a coupée
Ce proverbe fait également partie de ceux listés par Étienne Garcin dans Le Nouveau Dictionnaire provençal français, paru en 1823. On peut supposer qu’il signifie qu’on maîtrise ce qui nous appartient ou dépend de nous, sauf si on a perdu la capacité de le faire.