Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage

Un chien ayant la rage

« Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » est un proverbe qu’on emploie pour signifier que, quand on veut nuire à quelqu’un, on trouve toujours un bon prétexte pour le faire.


Son origine est très ancienne. En effet, il apparaît dans un manuscrit anonyme daté du 13ème siècle, intitulé Anciens Proverbes et qui est comme son nom l’indique une collection de proverbes de l’époque : « Qui bon chien veut tuer la raige li met seure » (c'est-à-dire « Qui bon chien veut tuer la rage lui met sûre », ou « Qui veut tuer un bon chien lui attribue la rage à coup sûr »).


Quatre siècles plus tard, on le retrouve sous sa forme actuelle dans le Dictionnaire universel du lexicographe français Antoine Furetière (1609-1688), publié à titre posthume en 1690.


Il est toutefois vraisemblable que des formes proches aient pendant longtemps coexisté. En effet, la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (publié en 1694, soit à la même époque) fait état pour sa part d’une tournure différente : « Quand on veut noyer son chien, on fait croire qu’il est fou ». Celle-ci finit par être remplacée par l’actuelle à partir de la troisième édition, qui paraît en 1740.


On peut remarquer en tout cas que « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » présente une structure binaire commençant par « Qui », dans le sens de « Celui qui » : c’est quelque chose que l’on retrouve dans de nombreux proverbes (« Qui aime bien châtie bien », « Qui vole un œuf vole un bœuf », « Qui ne dit mot consent »…). En revanche, contrairement à d’autres, il ne comporte pas de jeux de sonorités qui rendrait sa formulation particulièrement percutante et facile à mémoriser.


Sa popularité repose donc sans doute plutôt sur l’image marquante sur laquelle il s’appuie. Pour éliminer une personne ou une chose gênante (par exemple pour noyer un chien devenu indésirable), on porte sur lui des accusations graves et infondées (par exemple en inventant qu’il souffre d’une maladie mortelle et contagieuse, comme la rage). Il est en quelque sorte un exemple d’application pratique d’un autre proverbe qui transmet le même message, lui de façon théorique : « La fin justifie les moyens ».


Critique acerbe de la mauvaise foi humaine, « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » illustre ainsi très bien l’idée de justification fallacieuse : le chien innocent symbolise la victime injustement calomniée, tandis que son agresseur représente l’hypocrisie, la manipulation, la malveillance qui déforme la vérité pour parvenir à ses fins. Autant dire qu’il est d’une grande actualité…