
« Qui m’aime aime mon chien » est un proverbe qu’on emploie pour signifier que, quand on aime une personne, on est supposé aimer tout ce qui se rapporte à elle, y compris ce qui lui appartient.
Son origine est très ancienne, puisque sa première occurrence connue se trouve dans un texte du poète français Jehan de Meung (vers 1240-1305) qu’on a coutume d’appeler « Le Trésor de maistre Jehan de Meung ou les sept articles de la foy », et que l’auteur aurait écrit peu de temps avant sa mort. « On dit qui m’aime aime mon chien », peut-on ainsi y lire au vers 1567.
Quatre siècles plus tard, on le retrouve sous cette forme dès la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, qui paraît en 1698.
Il en existe toutefois une variante, relevée notamment par le lexicographe français Antoine Furetière (1609-1688) dans son Dictionnaire universel, publié à titre posthume en 1690 : « Qui aime Bertrand aime son chien ».
On peut d’ailleurs se demander si la forme à la première personne, qui semble être la plus ancienne, peut vraiment être qualifiée de proverbe. En effet, un proverbe étant une affirmation présentée comme une vérité universelle, il est presque toujours formulé à la troisième personne du singulier ou du pluriel : cela lui donne une valeur générale.
« Qui m’aime aime mon chien » présente certes plusieurs figures de style courantes dans les proverbes (rythme binaire, répétition, allitération), mais la première personne signifie une personnalisation qui l’écarte de la définition communément admise d’un proverbe et le rapproche plutôt d’une expression figée, du type « Qui m’aime me suive ».
Bien qu’elle soit moins recensée dans les dictionnaires actuels, la forme avec « Bertrand » coche pour sa part toutes les cases de la définition d’un proverbe. Bien sûr, il faut ici entendre « Bertrand », prénom probablement assez courant à l’époque où il est apparu, comme tout un chacun : on aurait tout aussi bien pu parler de Pierre, Paul ou Jacques, pour reprendre une expression célèbre. Quant au chien, il représente par métonymie tout ce qui lui appartient.
Les proverbes où un prénom est utilisé avec une valeur générale sont assez rares, mais on peut en citer au moins un autre, qui reprend d’ailleurs le même prénom : le proverbe occitan « Fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant ». Bien qu’il garde une valeur générale et se présente comme une vérité universelle, il a aussi la particularité d’être formulé à la deuxième personne.