
« Pendant que le chien pisse le loup s’en va » est un proverbe qu’on emploie pour signifier qu’une distraction peut faire perdre une bonne occasion.
Son origine remonte au moins au 17ème siècle. En effet, il est mentionné sous une forme légèrement différente par le linguiste français Antoine Oudin (1595-1653) dans son ouvrage intitulé Curiositez françoises, paru en 1640 : « Pendant que le chien chie le loup s’en va ».
Curieusement, malgré son jeu de sonorités (« chien » / « chie ») qui la rend plus marquante et plus facile à mémoriser, ce n’est pas cette version qui s’est imposée. En effet, l’Académie français opte pour la forme actuelle dès la première édition de son Dictionnaire, en 1694, soit environ un demi-siècle plus tard. Elle la reprend dans chacune des suivantes jusqu’à la septième, qui paraît en 1878. Ce proverbe disparaît des éditions ultérieures, preuve qu’il est peu usité. On le retrouve en revanche, également sous cette forme, dans le Dictionnaire de la langue française du lexicographe français Émile Littré (1801-1881), publié en 1873 et 1874, ainsi que dans le Trésor de la Langue Française (TLF) - entre autres.
Comme dans plusieurs autres proverbes avec le mot « chien », il est question ici d’un spécimen utilisé pour la chasse, mais en l’occurrence un type bien particulier : la chasse au loup. Du Moyen Âge jusqu’au 19ème siècle, cette pratique, orchestrée par les puissants pour protéger les troupeaux et les villages, est très répandue en France comme dans l’ensemble de l’Europe. Bien qu’on recoure également à d’autres méthodes (notamment des armes à feu et des pièges), les chiens y jouent un rôle central, utilisés à la fois pour pister le prédateur et pour l’assaillir. En France, l’espèce finit par être totalement éradiquée dans les années 1930.
Or, si le chien est distrait, même par une activité aussi triviale que faire ses besoins, il y a de grandes chances que le loup lui file sous le nez. On comprend donc aisément que, dans ce proverbe, le fait de se soulager représente la distraction, et la fuite du loup l’occasion manquée.
« Pendant que le chien pisse le loup s’en va » n’est pas le seul proverbe où le meilleur ami de l’Homme est opposé à son cousin sauvage : on retrouve aussi par exemple ces deux espèces dans « À mauvais chien on ne peut montrer le loup ». Cette opposition est également fréquente dans diverses expressions avec le mot « chien », telle que « entre chien et loup ». Elle l’est encore plus dans les fables avec un chien. On peut citer notamment « Le chien endormi et le loup » ainsi que « Le Loup et le Chien » du fabuliste grec Esope (7ème et 6ème siècle avant J.-C.), « Le Loup et le chien maigre » (1668) du Français Jean de La Fontaine (1621-1695), ou encore « Le Chien de berger et le loup » (1727) de l’Anglais John Gay (1685-1732).