
« Les chiens aboient, la caravane passe » est un proverbe qu’on emploie pour signifier qu’il faut poursuivre ses objectifs en dépit des critiques.
Son origine est orientale. On le trouve en effet dans plusieurs langues du Moyen-Orient, notamment divers dialectes arabes, ainsi qu’en azéri et en turc. Dans cette dernière, il se dit « It ürür, kervan yürür » : la présence d’une rime est spécifique à cette langue, et autorise à penser que c’est de celle-ci que ce proverbe est originaire.
Quoi qu’il en soit, c’est au 19ème siècle que sa traduction française se popularise en France et entre dans le langage courant. Le lexicographe français Pierre-Marie Quitard (1792-1882) le cite ainsi en 1842 dans son Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française, en indiquant qu’il est d’origine turque. Plus précisément, il l’évoque à la fin de son commentaire sur « Chien qui aboie ne mord pas » : « c'est-à-dire que celui qui fait le plus de menaces n’est pas le plus à craindre. […] Les Turcs disent : Le chien aboie, mais la caravane passe. »
Une vingtaine d’années plus tard, il apparaît sous la plume de l’écrivain suisse naturalisé français Victor Cherbuliez (1829-1899) dans son roman Paule Méré, publié pour la première fois en 1864 dans la Revue des deux mondes.
Il est au demeurant amusant de constater que la réponse au personnage qui utilise cette expression dans le cadre d’un dialogue repose sur un autre proverbe avec le mot « chien » :
« Mme Simpson s’était arrêtée près de la grille pour attendre Jane. Je m’approchai d’elle et je lui dis :
— Pendant que les chiens aboient, la caravane passe.
Elle me répliqua vivement par cet autre proverbe :
— Il ne faut point se moquer des chiens qu’on ne soit hors du village. »
Comme de nombreux proverbes, « Les chiens aboient, la caravane passe » s’appuie sur une image : l’impassibilité des chameaux dans les caravanes marchandes. Malgré les aboiements menaçants des chiens des villages traversés, ces bêtes avancent sans s’arrêter, symbolisant l’indifférence aux provocations.
Comme dans d’autres proverbes (notamment « Chien qui aboie ne mord pas » et « Jamais bon chien n’aboie à faux »), les aboiements des chiens servent de métaphore à des propos agressifs ou critiques formulés par des humains. L’impassibilité de la caravane, qui poursuit tranquillement son chemin, est pour sa part un symbole de sagesse et de détermination.
Il n’est pas étonnant en tout cas que ce proverbe soit passé dans la langue française au 19ème siècle. En effet, en France comme dans l’ensemble des pays d’Europe occidentale, cette époque est marquée par un intérêt important des artistes et écrivains pour les cultures moyen-orientales, et plus particulièrement encore celle de l’Empire ottoman.
Procédé très fréquent dans les proverbes quelle que soit la langue, la structure binaire du propos a été conservée dans la traduction française. En revanche, le jeu de sonorités a été perdu. Le constat est le même dans plusieurs autres langues européennes : notamment l’anglais (« The dogs bark, but the caravans goes on ») et le portugais (« Os cachorros latem et a caravana passa »).