
« Il ne faut point se moquer des chiens qu’on ne soit sorti du village » est un proverbe qu’on utilise pour signifier qu’il faut se mettre à l’abri d’un danger avant de s’en moquer.
Son origine remonte au moins au 17ème siècle, puisqu’il est relevé en 1640 par le linguiste français Antoine Oudin (1595-1953) dans son ouvrage Curiositez françoises.
Ce proverbe repose sur une image concrète et parlante : celle du voyageur qui, encore à l’intérieur ou aux abords d’un village, se permet de railler les chiens qui y aboient. Or, ces derniers, attachés à la défense de leur territoire, demeurent une menace pour lui tant qu’il ne s’est pas éloigné. La moquerie apparaît alors comme une attitude imprudente : il ne faut pas rire du danger tant qu’il n’est pas écarté.
Quoiqu’assez long malgré sa formule elliptique typique de son époque (de nos jours, on dirait « avant qu’on ne soit sorti du village »), ce proverbe repose sur des procédés tout à fait caractéristiques du genre. En particulier, la négation solennelle (« Il ne faut ») insiste sur la mise en garde qu’il formule. On la retrouve d’ailleurs dans un certain nombre d’autres proverbes : par exemple « Il ne faut pas réveiller le chat qui dort » et « Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même ».
Par ailleurs, les chiens dont il y est question peuvent avoir plusieurs significations métaphoriques. Bien sûr, ils incarnent en premier lieu un danger immédiat et concret, mais ils peuvent aussi représenter les adversaires, les ennemis, les obstacles ou les personnes susceptibles de nuire. Se moquer d’eux avant d’être « sorti du village », c’est juger trop tôt, se croire victorieux (ou du moins tiré d’affaire) avant que la situation ne soit réglée. Ce proverbe condamne ainsi à la fois l’arrogance et la précipitation.
Cette image prend le contrepied du proverbe « Les chiens aboient, la caravane passe ». Dans ce dernier, les chiens sont réduits à un bruit sans conséquence : la caravane poursuit sa route, indifférente. À l’inverse, « Il ne faut point se moquer des chiens qu’on ne soit sorti du village » rappelle qu’il vaut mieux attendre d’avoir mis de la distance entre soi et le danger avant d’adopter une attitude supérieure, voire arrogante. On a là un bon exemple de proverbes qui disent deux choses assez opposées, quand bien même le message que chacun fait passer est présenté comme une vérité universelle.