Chien qui aboie ne mord pas

Un chien aboyant

« Chien qui aboie ne mord pas » est un proverbe qu’on utilise pour signifier que les personnes qui crient beaucoup ou profèrent des menaces ne sont en réalité pas dangereuses.


Son origine est très ancienne : dans son ouvrage Proverbes français antérieurs au XVème siècle (1925), le philologue romaniste polonais Joseph Maria Morawski (1888-1939) mentionne sa présence dans un manuscrit datant de la fin du 13ème siècle. Il prend alors une forme légèrement différente : « Chacuns chiens qui abaie ne mort pas ».


Ce proverbe évolue ensuite au fil du temps. Au 17ème siècle, on le trouve semble-t-il plus fréquemment sous la forme « tous les chiens qui abboyent ne mordent pas », évoquée en 1694 dans le premier Dictionnaire de l’Académie française. Dans la troisième édition, publiée environ un demi-siècle plus tard (1740), cette dernière retient une autre tournure : « tous les chiens qui aboient ne mordent pas ». Ce n’est qu’au 19ème siècle que le proverbe prend la forme qu’on lui connaît actuellement : à partir de sa sixième édition, parue en 1835, le Dictionnaire de l’Académie française opte systématiquement pour « chien qui aboie ne mord pas ».


Il convient de noter que la disparition de « tous les » n’a rien de surprenant. Cette omission de l’article, un procédé que l’on nomme « article zéro », est assez fréquente dans les proverbes. On la retrouve aussi par exemple dans « bon chien chasse de race », « nécessité fait loi », « pierre qui roule n’amasse pas mousse », « charité bien ordonnée commence par soi-même »… Elle permet de donner au propos une valeur générique, renforçant le caractère universel de sa formule. Ce procédé participe par ailleurs de la concision de la phrase, qui est une des caractéristiques des proverbes.


Malgré la brièveté de sa formulation, celui-ci comporte plusieurs figures de style – comme c’est d’ailleurs souvent le cas.


Il y a d’abord bien sûr une métaphore : le chien représente une personne intimidante, mais inoffensive ; l’aboiement symbolise les menaces verbales ; et l’absence de morsure l’inaction dans les faits.


Il est aussi bâti sur une antithèse qui oppose l’action bruyante (« aboie ») et l’inaction (« ne mord pas »).


Cette antithèse est mise en valeur par la formulation rythmique et parfaitement symétrique de la phrase, construite comme un vers de poésie classique : « Chien qui aboie » (trois pieds), césure, « ne mord pas » (trois pieds).


Le rythme binaire est d’ailleurs renforcé par la légère assonance au niveau des terminaisons (« wa »/« a »).


Bien sûr, libre à chacun de déterminer si, dans les faits, l’idée que les personnes dont le comportement est intimidant sont en réalité inoffensives peut être considérée comme une vérité universelle. Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’il vaut mieux ne pas prendre ce proverbe au pied de la lettre : même si certains chiens aboient beaucoup sans jamais mordre, dans les faits, notamment dans un contexte de stress ou de surprise, l’aboiement peut tout à fait précéder une morsure. C’est souvent une des premières étapes d’un processus graduel qui inclut aussi le fait d’adopter une posture agressive et/ou de grogner, la dernière étant le passage à l’attaque.

Dernière modification : 05/09/2026