
Auteur majeur de la bande dessinée européenne, le Belge François Schuiten (né en 1956) se fait connaître dans les années 1980 grâce à des œuvres de fantasy et de science-fiction, notamment Les Cités obscures. À partir des années 2000, il commence à utiliser ce médium pour aborder des sujets plus intimes : c’est dans ce contexte qu’en 2023 il publie Jim, une œuvre consacrée à son chien disparu.
Flat Coated Retriever noir, Jim est son discret compagnon pendant près de treize ans, de 2010 à 2023. Lorsqu’il meurt, son maître est incapable de mettre des mots sur son chagrin, et se réfugie dans le dessin. Il décide alors de croquer son défunt animal presque quotidiennement et publie une partie de son travail directement sur les réseaux sociaux.
Il décide par la suite de compiler ces créations pour en faire un véritable roman graphique à la forme hautement expérimentale. En effet, Jim n’est pas une bande dessinée comme les autres : à la manière de ce qu’avaient fait en 1978 Alejandro Jodorowsky (né en 1929) et Mœbius (1938-2012) dans la bande dessinée Les Yeux du chat, Schuiten choisit de dissocier le texte et l’image. Ainsi, les pages de gauche contiennent une ou deux lignes de texte dans lesquelles l’auteur tente d’exprimer ses sentiments, tandis que celles de droite présentent une unique illustration du chien noir.
L’auteur n’est pas le premier à utiliser le neuvième art pour rendre hommage à un animal domestique : en 2014, l’un de ses compatriotes, Serge Baeken (né en 1967), avait par exemple lui aussi fait de même avec Sugar, ma vie de chat, consacré à son félin. Toutefois, Jim est aujourd’hui considéré comme l’un des récits les plus aboutis de ce genre. À sa sortie, le quotidien belge Le Soir évoque même une « petite pépite » et salue la capacité de l’auteur à se réinventer tout en dévoilant, à travers un sujet douloureux, une facette plus humaine de lui-même.