10 chiens de bande dessinée célèbres

Dessin de Snoopy devant sa niche

Si Tintin, Astérix et Lucky Luke sont des personnages emblématiques de la bande dessinée, leurs compagnons à quatre pattes ont eux aussi marqué les esprits. En effet, que serait par exemple Tintin sans son fidèle Milou pour lui donner un coup de patte dans ses enquêtes, et même parfois le sortir de situations bien mal engagées ?


À l’instar notamment de Snoopy, certains toutous réussissent même à voler la vedette à leur maître.


D’autres font encore mieux, puisqu’ils sont eux-mêmes d’emblée le personnage principal de leur histoire : leur maître, si tant est qu’il existe, n’y joue qu’un rôle très secondaire. C’est le cas par exemple de Pif et de Dog Man.


Voici un passage en revue de 20 chiens devenus des stars du neuvième art, précédé d’une introduction sur leur place et leur évolution dans ce médium.

Un peu d’histoire…

 Max & Moritz
Max & Moritz

C’est en 1827 que naît la bande dessinée, quand l’auteur suisse Rodolphe Töpffer (1799-1846) a l’idée d’une histoire mêlant dessin et littérature, qu’il intitule Les amours de monsieur Vieux Bois. Elle n’est pas publiée, mais sert de brouillon à ce qui deviendra sa première œuvre qui elle le sera : L'histoire de Monsieur Jabot. Celle-ci circule dans les milieux littéraires européens, et va même jusqu’à enthousiasmer un certain Johan Wolfgang von Goethe (1749-1832), qui la décrit comme une création « étincelante de verve et d’esprit ». Elle finit par être officiellement publiée en 1833 et rencontre un joli succès en Suisse, mais aussi en France. 

 

S’inspirant des caricatures anglo-saxonnes sans pour autant verser dans la parodie, Töpffer signe là une œuvre singulière appartenant à un genre nouveau qu’il baptise « littérature en estampe ». Ne se contentant pas d’être un auteur, il se fait aussi le premier théoricien de son art, consacrant plusieurs essais à en expliquer l'originalité : en particulier, l’interconnexion du dessin et du texte, ainsi que l’importance donnée aux personnages.

 

Une dizaine d’années plus tard ans plus tard, cette nouvelle forme de littérature commence à se diffuser dans toute l’Europe. Elle intéresse notamment des auteurs francophones, mais aussi des Allemands - notamment Wilhelm Busch (1832-1908), qui invente la bande dessinée en une page et sans dialogue telle qu’on la retrouve encore parfois aujourd’hui dans la presse. En 1865, il fait aussi découvrir la bande dessinée à un nouveau public, les enfants, avec la parution de Max et Moritz : une histoire de gamins en sept tours (Max und Moritz : Eine Bubengeschichte in sieben Streichen, en version originale). Cette œuvre raconte les aventures de deux enfants insupportables et réfractaires à toute forme d’autorité.

 

Cinq ans plus tard, en 1870, elle est traduite en anglais et publiée aux États-Unis. Elle y rencontre un franc succès aux États-Unis, au point d’inspirer à l’auteur germano-américain Rudolph Dirks (1877-1968) la réalisation de Pim Pam Poum, une bande dessinée publiée en 1897 dans les pages de l’édition dominicale du New York Journal et qui raconte les aventures d’une famille d’origine allemande vivant sur une île tropicale. Elle contribue à établir un genre encore bien vivant aujourd’hui : celui des « comic strips », des bandes dessinées comiques en quelques cases publiées dans la presse américaine, en particulier le dimanche. 

 

Quand le chien se dessine

Au même titre que le chien fait partie intégrante de l’histoire de la littérature, avec même à la clef certains chefs-d’œuvre comme Croc-Blanc de Jack London (1876-1916), il est aussi parvenu à se faire une place dans quelques-unes des BD les plus populaires. 


Il faut dire que ce n’est pas d’hier que l’Homme dessine son meilleur ami. En 2017, des archéologues ont en effet découvert sur les sites d’art rupestre de Shuwaymis et Jubbah, en Arabie Saoudite, des représentations de chiens en laisse datant d’il y a environ 10.000 ans. Il s’agit des plus anciennes représentations connues de chiens domestiqués. 

Les années 1920 : Tippie et Milou

Alors que la bande dessinée voit le jour en 1827, il faut attendre 1918 pour que le chien y fasse véritablement ses débuts. C’est en effet à partir de cette année-là qu’est publiée Cap Stubbs and Tippie, une série de comic strips mettant en scène un jeune homme nommé Joseph « Cap » Stubbs ainsi que son fidèle compagnon Tippie. Écrite et dessinée par l’Américaine Edwina Dumm (1893-1990), cette série de comic strips publiée dans la presse quotidienne américaine relate les aventures du jeune Cap et de son chien, dont l’allure évolue au fil des années Ainsi, alors qu’au début il évoque d’abord plutôt un Bouledogue Anglais, il adopte ensuite progressivement l’apparence d’un Scottish Terrier, et c’est avec celle-ci qu’il reste dans les mémoires.


En Europe, une décennie plus tard, un autre chien apparaît et marquera durablement l’histoire de la bande dessinée : Milou. Imaginé par l’auteur belge Hergé (1907-1983), le petit Fox-Terrier blanc fait sa première apparition en 1929 dans Tintin au pays des Soviets. Bien plus qu’un simple animal de compagnie du héros, il s’impose rapidement comme un personnage à part entière : il commente l’action, exprime ses états d’âme, accompagne Tintin dans chacune de ses aventures et lui donne même parfois un coup de patte. Par son intelligence, son humour et sa loyauté, il inaugure une nouvelle façon de représenter le chien en bande dessinée : non plus comme un simple faire-valoir, mais comme un véritable compagnon d’aventure.

Les années 1940-1950 : des chiens excentriques

Après la Seconde Guerre mondiale, la bande dessinée devient un média de masse, s’adressant à des lecteurs de 7 à 77 ans. Grâce à leur humour, leur loyauté et leur capacité à susciter l’empathie, les chiens s’imposent comme des personnages idéaux pour capter l’attention du jeune public. On voit ainsi de plus en plus de bandes dessinées dans lesquelles le personnage principal est un représentant de la gent canine.


Le dessin permet cependant aux auteurs de s’affranchir des limites du réalisme pour rendre ces personnages plus intéressants. Ainsi, certains héros canins marchent sur leurs pattes arrière, voir interagissent d’égal à égal avec les êtres humains qu’ils côtoient. Ils s’inscrivent ainsi dans une tendance initiée par les cartoons américains dès les années 20. 


En 1948, en France, Pif le chien fait son apparition dans Vaillant, un journal de bandes dessinées destiné à la jeunesse. Créé par l’Espagnol José Cabrero Arnal (1909‑1982), ce petit chien anthropomorphique, espiègle et malicieux, vit souvent ses propres aventures, indépendamment de ses maîtres humains Tonton César et Tata Agathe. Il doit régulièrement affronter Hercule, un chat noir et blanc qui lui rend la vie impossible. Véritable phénomène dans l’Hexagone, il devient même à partir de 1969 le héros de son propre magazine, Pif Gadget.


En 1950, aux États-Unis, un Beagle baptisé Snoopy fait sa première apparition dans le comic strip Peanuts, créé par l’Américain Charles M. Schulz (1922‑2000). Son autonomie, son imagination débordante, sa verve inépuisable, son humour et sa grande complicité avec son maître Charlie Brown lui permettent de s’imposer rapidement comme une figure emblématique de la bande dessinée américaine, et même comme une icône culturelle.


Charlie Brown et Snoopy ne forment pas le seul duo enfant / chien inoubliable de la bande dessinée, loin de là. En 1959, l’auteur belge Jean Roba (1930-2006) s’inspire de son propre chien pour créer Boule et Bill, une série de BD mettant en scène un Cocker roux nommé Bill et un enfant qui ne le quitte jamais d’une semelle, prénommé Boule. À l’instar de Snoopy dans Peanuts, Bill se comporte très souvent comme un être humain : il est capable notamment de faire du vélo, de jongler avec des ballons ou encore de danser. Pour autant, aussi excentrique soit-il, il reste un chien, et est à ce titre attaché à son maître.


Lorsqu’il s’agit de personnages canins, la frontière entre l’excentricité et le kitsch n’est pas toujours facile à déterminer. Alors que des « clowns » canins comme Snoopy et Bill font rire parce qu’ils évoluent dans un univers « cartoonesque » et qu’on n’attend donc pas d’eux des comportements crédibles, d’autres chiens de bandes dessinées possèdent des super-pouvoirs, portent une cape et volent au secours de la veuve et de l’orphelin : ils divisent davantage les lecteurs.


C’est le cas notamment de Krypto, qui apparaît en 1955. À cette époque, les super-héros connaissent un succès retentissant outre-Atlantique. Les Américains Otto Binder (1911-1974) et Curt Swan (1920-1996), respectivement scénariste et dessinateur des aventures de Superman, décident d’offrir à l’homme d’acier un compagnon aussi puissant que lui. C’est ainsi que ce Labrador blanc doté des mêmes pouvoirs que le plus célèbre des super-héros américains vient l’épauler dans son combat pour « la vérité, la justice et le rêve américain ». L’idée peut paraître saugrenue, et elle est d’ailleurs critiquée par certains lecteurs qui trouvent ce personnage ridicule, mais elle séduit fortement les plus jeunes.


La même année, le scénariste américain Bill Finger (1914-1974) et son compatriote dessinateur Sheldon Moldoff (1920-2012), qui travaillent sur Batman, décident d’appliquer un traitement similaire au Chevalier noir. Celui-ci se voit donc affublé d’un Berger Allemand nommé Ace, ou le « Bat-Chien ». Malgré le parallèle évident avec Krypto, Ace rencontre peu de succès auprès du public : la cape et le masque qu’il porte sont en effet jugés trop kitsch pour convaincre.

Les années 60-70 : l’âge d’or des héros canins

Les années 60 et 70 sont un âge d’or pour les chiens de bande dessinée. En effet, ceux créés dans les années 50 comme Snoopy, Pif et Bill sont à l’apogée de leur succès, et de nombreux autres héros canins viennent leur faire concurrence.


C’est le cas notamment d’Idéfix, le petit chien blanc fidèle et courageux d’Obélix. Créé en 1963, il s’impose comme un des personnages phares de la série de bande dessinée Astérix, réalisée par le scénariste français René Goscinny (1926-1977) et son compatriote le dessinateur Albert Uderzo (1927-2020), qui débute en 1959 et décrit avec humour la résistance d’un petit village gaulois face à l’envahisseur romain. Dès sa première apparition dans Le Tour de Gaule, il mêle certains éléments de la personnalité des deux héros de la série : il est ainsi rusé comme Astérix, mais boudeur comme Obélix. 


En 1968, l’auteur belge Dupa (1945-2000) donne à la bande dessinée franco-belge un nouveau personnage emblématique avec Cubitus, un gros chien blanc à la truffe proéminente, qui ressemble davantage à un ours polaire qu’à un représentant de la gent canine. Débonnaire et doué de parole, il partage la vie d’un marin à la retraite, mais se comporte davantage comme un colocataire que comme un animal de compagnie. Il est d’ailleurs capable de faire tout ce qu’un humain peut faire.


Enfin, en 1978, Garfield, le plus célèbre chat de bande dessinée, dont les aventures sont publiées depuis 1976, voit débarquer dans sa vie Odie, un chien né d’un croisement entre un Teckel et un Jack Russell Terrier. Le gros matou orange considère cet animal adopté par son maître Jon comme l’être le plus stupide qu’il ait jamais rencontré. Naïf, exubérant et énergique, Odie est tout l’inverse de Garfield.   


Par ailleurs, les années 60 et 70 se caractérisent aussi par le fait que les bandes dessinées européennes et américaines s’influencent davantage. Un exemple emblématique est fourni par Lucky Luke, la série de l’auteur belge Morris (1923‑2001) qui se déroule dans le Far West. Surnommé « le chien le plus stupide de l’Ouest », Rantanplan y est en effet conçu comme une parodie de Rintintin, le courageux Berger Allemand vedette de nombreux films dans les années 1920.

Des années 1980 aux années 2000 : une popularité en berne

À partir des années 1980, la création de nouveaux chiens de bande dessinée connaît un net ralentissement. Les personnages canins emblématiques des décennies précédentes (Bill, Idéfix, Snoopy, Rantanplan…) continuent de fédérer un large public, mais peu de nouveaux voient le jour, et encore moins parviennent à s’imposer comme des figures centrales.


Cela s’explique en partie par une lassitude du public et des auteurs. Il faut dire qu’après plusieurs décennies passées à traiter les représentants de la gent canine comme des personnages comiques, ceux-ci n’ont plus forcément grand-chose à apporter de nouveau. C’est ainsi par exemple que Grimmy, le Bull Terrier jaune créé par l’Américain Mike Peters en 1984, rappelle énormément Garfield, même si le sens de l’humour de l’auteur est un peu plus cynique. 


En outre, la bande dessinée connaît une profonde mutation : elle cherche à toucher un public plus adulte, et aborde donc des thèmes plus sombres et plus matures. Très grand public, longtemps associés à un rôle léger et humoristique, les chiens y ont moins leur place dans un tel contexte. Il y a toutefois quelques exceptions : c’est ainsi par exemple que l’Américain Art Spiegelman (né en 1948) décide d’en faire figurer dans Maus, son roman graphique biographique qui raconte la Shoah en remplaçant les Juifs par des souris, les nazis par des chats, les Polonais par des cochons et les Américains par des chiens. La présence de ces derniers dans le récit reste cependant anecdotique.


Dans la bande dessinée indépendante, et plus particulièrement dans les comics underground américains (aussi appelés « comix »), les auteurs préfèrent souvent les chats aux chiens. Il faut dire que leur personnalité complexe et leurs comportements ambigus se prêtent mieux aux récits satiriques, expérimentaux et moralement ambigus que les auteurs de ce mouvement aiment créer.


Il existe néanmoins là aussi quelques exceptions. C’est le cas notamment de The Angriest Dog in the World, un comic strip hebdomadaire publié dans la presse américaine de 1983 à 1992. Créé par le cinéaste américain David Lynch (1946-2025), connu notamment pour la série télévisée Twin Peaks, il met en scène un chien tellement furieux qu’il ne peut ni dormir, ni manger, ni bouger. Les quatre cases qui constituent les strips hebdomadaires sont en tout point identiques d’une semaine à l’autre : seul le texte, parfois drôle, parfois profond, change. Ce format expérimental et minimaliste, publié entre autres dans le journal New York Press, suscite des réactions très contrastées parmi les lecteurs, mais illustre parfaitement la manière dont certains auteurs de la BD underground des années 1980‑1990 utilisent les animaux pour explorer des concepts absurdes ou psychologiques.


Dans les années 2000, le constat est le même. Certes, des personnages comme Bill, Idéfix, Snoopy ou Odie sont toujours aussi populaires, mais aucune bande dessinée donnant un rôle majeur à un représentant de la gent canine n’apparaît - ou du moins ne rencontre le succès. 

Les années 2010 - 2020 : le renouveau

Dans les années 2010, après trois décennies peu fructueuses, de nouveaux héros canins de bandes dessinées parviennent à rencontrer le succès. C’est notamment le cas de Dog Man, créé en 2016 par l’Américain Dav Pilkey (né en 1966). Ce chien anthropomorphisé, à la fois policier et héros comique, est la vedette d’une série toujours en cours de publication et qui compte plus d’une dizaine de tomes. Il remporte un grand succès, au point que ses aventures sont aussi déclinées en jeux vidéo, en films d’animation et même sous la forme d’une comédie musicale.


Le meilleur ami de l’Homme se distingue également dans quelques œuvres au ton très adulte, à l’instar de Nou3 (We3 en version originale), une minisérie écrite par l’Écossais Grant Morrison (né en 1960) et dessinée par son compatriote Frank Quitely (né en 1968). Pastiche sombre et violent du film familial L’Incroyable Voyage (Homeward Bound: The Incredible Journey), elle raconte la fuite de deux chiens et d’une chatte transformés en armes de guerre cybernétiques par l’armée américaine, alors qu’ils cherchent à retrouver leur liberté. L’histoire mêle action, humour et drame, tout en dénonçant les expérimentations animales.  


Nou3 a par ailleurs le mérite de montrer que le chien peut s’imposer dans n’importe quel genre : elle ouvre ainsi la voie à d’autres BD originales mettant en vedette un ou plusieurs représentants de la gent canine. C’est le cas par exemple de Stray Dogs, un récit horrifique publié en 2021, écrit par Tony Fleecs et dessiné par Trish Forstner, qui se distingue par son point de vue original : l’histoire est en effet racontée à travers les yeux de Sophie, une femelle Épagneul Nain Continental Papillon. Celle-ci se retrouve enfermée dans une étrange maison avec d’autres chiens, sans se souvenir de la manière dont elle est arrivée là.


En Europe aussi, certains auteurs cherchent à utiliser les personnages canins différemment. C’est le cas notamment du Français David Azencot, qui en 2021 propose avec Tiki : Une année de chien un récit autobiographique dans lequel il évoque l’importance de son Shiba Inu Tiki dans sa vie quotidienne. Deux ans plus tard, le Belge François Schuiten (né en 1956), une des figures les plus importantes de la BD franco-belge contemporaine, suit cet exemple avec Jim, une œuvre expérimentale dédiée à son Flat Coated Retriever décédé.


Cela dit, alors que ce type d’œuvres intimistes est devenu relativement courant s’agissant de chats, celles mettant en avant l’importance d’un chien dans la vie de leur auteur restent étonnamment rares. 


Parallèlement, les éditeurs de bandes dessinées franco-belges continuent de miser sur les valeurs sûres. Ainsi, malgré la mort des créateurs de leurs séries respectives, Idéfix, Rantanplan et Bill apparaissent dans de nouveaux albums créés par de nouveaux auteurs, tandis que Pif fait son come-back à partir de 2020 avec le lancement d’une nouvelle version du magazine Pif Gadget.

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Un peu d’histoire…
Par Nicolas C. - Dernière modification : 01/24/2026.