Suisse - Nos fidèles compagnons aussi souffrent du divorce

05/31/2009
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Selon la PDSA, association britannique de défense des animaux, les chiens et chats, sensibles aux émotions de leurs propriétaires, souffrent lorsque ceux-ci se séparent. L'avis d'Anne-Marie Villars, vétérinaire comportementaliste lausannoise, et ses conseils pour que nos amis les bêtes pâtissent le moins possible de cette nouvelle situation.

Interview
Frédéric Rein

Un mariage suisse sur deux se solde par un divorce. Et souvent, les conjoints sur le chemin de la séparation possèdent un ou plusieurs animaux de compagnie, chien, chat ou autre. Dès lors, comment ménager au mieux nos fidèles compagnons lors de ce changement de situation? Les conseils d'Anne-Marie Villars, vétérinaire comportementaliste lausannoise.

L'association britannique de défense des animaux (PDSA) fait du chien et du chat de vraies victimes du divorce de leurs maîtres. Qu'en pensez-vous?
Souvent, le divorce met plutôt un terme aux tensions entre les personnes, ce qui apaise l'animal, et particulièrement le chien, véritable éponge émotionnelle! Dans l'ensemble, la rupture permet au maître qui en a la garde - souvent celui qui l'a voulu - d'être plus disponible qu'avant.

L'animal ne ressent-il pas le vide de la personne qu'il ne côtoie plus?
Au début, le chien peut pleurer ou être malpropre, mais il s'adapte rapidement à la nouvelle situation. Contrairement à un enfant, il vit au jour le jour. Il ne connaît ni notre conscientisation, ni notre culpabilisation! De fait, si on lui consacre le temps et le respect nécessaires, il ne devrait pas souffrir de la séparation. Pas plus que d'une arrivée dans une famille recomposée.

Un changement d'habitat suite à la rupture est en revanche néfaste au chat, très territorial...
Tout dépend des nouvelles conditions de logement. Comme le stress des tensions dans le couple a disparu, l'adaptation au déménagement, grâce à l'utilisation de spray de phéromones, sera rapide.

Une «garde partagée» n'a pas de sens pour le chat. Mais qu'en est-il pour le chien?
C'est bénéfique si le chien a noué un lien sain et solide avec le maître qui est parti, car, à défaut de ressentir l'absence comme une tristesse, il ne l'oublie pas. Il bénéficiera ainsi davantage de promenades et de moins de solitude. Par contre, s'il y a un lien pathologique anxieux (caractérisé par des pleurs, des dégâts, ndlr), il est préférable de procéder à une séparation définitive.

La PDSA prétend que les conséquences d'un divorce peuvent conduire l'animal à s'auto-mutiler...
Le chien peut multiplier les gestes de politesse, comme de donner la patte ou de baisser les oreilles. Quant au chat, il matérialise son mal-être en fuyant ses propriétaires, en urinant partout ou en devenant agressif. Des actes tels que l'automutilation peuvent survenir, mais le divorce ne fait office que de facteur aggravant...

Quelle est la cause principale qui conduit les propriétaires de chats à vous consulter?
La malpropreté des chats d'intérieur. Elle résulte la plupart du temps d'anxiété féline, due à l'emprisonnement. Un environnement peu stimulant peut même conduire à la dépression. Ils deviennent alors boulimiques, se cachent, ne se frottent plus, ne jouent plus, dorment beaucoup et s'arrachent les poils... Le Pipolino, un distributeur mobile d'aliments duquel le chat obtient sa ration de nourriture en quatre heures de jeu, est à conseiller, mais ne compensera pas des conditions de détention inadaptées!

Et les problèmes courants avec les chiens?
Ils sont multiples. Cela va de l'agressivité à la dépression, en passant par de vraies pathologies, comme l'hyperactivité. Mais si le maître est motivé, on trouve toujours une solution... Beaucoup de mes clients viennent aussi préventivement avec des chiens qui grognent - comportement qui précède la morsure. Je conseillerais à tous les propriétaires d'un premier chien de plus de 20 kilos de faire un bilan comportemental prépubère, entre l'âge de 6 à 12?mois, afin d'améliorer la communication.

On a coutume de parler des dérives de la personnification de l'animal faite par le maître pour pallier un manque affectif. Est-ce une réalité?
En Suisse, on reste assez raisonnable. Tous les chiens ne dorment pas dans le lit et les chats ne mangent pas à table! Les bienfaits sont incontestablement supérieurs aux dérives. Une étude a prouvé qu'une famille qui possède un animal consulte 20% moins son médecin! Sans oublier une baisse de tension avérée.

Depuis le 1er septembre dernier, les nouveaux propriétaires de chiens doivent suivre une formation d'éducation canine. De quoi changer votre quotidien de comportementaliste?
Non, mais cela sensibilise un minimum les maîtres à l'éducation de leur chien. En revanche, je trouve inadmissible que l'on contraigne le propriétaire d'un chien listé dangereux à suivre trois cours par mois pendant deux ans, alors que celui qui détient un saint-bernard peut se limiter à cette initiation!

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