Qu'est-ce qui rend un chien heureux ?

C'est bien connu, le chien est le meilleur ami de l’homme, et rien n’est trop beau pour lui. On le cajole, on le bichonne, on le toilette, on lui achète des beaux petits manteaux et on le fait garder dans un hôtel de luxe pour chiens.


Mais est-ce réellement cela que notre chien attend et dont il a besoin ?
Cet amour excessif n'est-il pas au contraire source de problèmes, voire de malheur pour le chien ? Les maîtres aiment-ils trop leur animal... au point de le rendre malheureux ?

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«Au Québec, les gens ont une forte propension à traiter leur chien comme des enfants-rois, a constaté Sylvain Duchesneau dans le cadre de ses fonctions d’éducateur canin au cours des 20 dernières années. En faisons-nous trop en le faisant toiletter toutes les semaines, en lui achetant des accessoi­res dispendieux, en lui mettant des chandails, des bottes, en le faisant coucher avec nous dans le lit, en lui donnant beaucoup d’affection? Oui. Est-ce que tout ça le rend heureux? Pas du tout. C’est mê­­me la cause première des déséquilibres chez les chiens.»

Cette propension à attribuer des caractéristiques humaines aux amis canins s’appelle l’anthropomorphisme. Bien des maîtres agissent de cette façon tout simplement parce qu’ils igno­rent les besoins réels de leur fidèle compagnon. «Avant tout il faut laisser le chien être un chien, croit M. Duchesneau. Une des raisons pour lesquelles nos chiens sont déséquilibrés, c’est qu’ils n’ont pas de raison d’être. On ne donne pas de raison à leur vie. Ils ne travaillent pas pour avoir leurs caresses, leur nourriture, etc. Les chiens n’ont pas d’encadrement. Ils ne vi­vent pas une vie de chien.»

Une vie de chien, c’est quoi?
«Tout le monde sait ce qu’est un Boeing 747, mais de là à savoir comment ça fonct­ionne, c’est une autre histoire, explique Michel Fournier, maître animalier. Les gens ont la fausse impression de connaître leur chien parce qu’il y en a toujours eu dans notre vie.»

Boire, manger, éliminer, faire de l’exercice, être encadré et connaître les règles de la maison, voilà de quoi devrait être composé le quotidien canin. Un chien heureux est un chien qui sait quelle est sa place, affirment les éducateurs. «Les gâter avec toutes sortes de produits qui ne correspondent pas à leurs besoins et qui peuvent nuire à leurs besoins physiologi­ques, comme des parfums, des vêtements – à moins d’avoir un chien vraiment frileux comme les lévriers, par exemple – ce n’est vraiment pas utile», explique l’éducateur Jean Lessard, qui collabore aussi à l’émission Animo sur les ondes de Radio-Canada. «Sur le plan comportemen­tal, ajoute-t-il, ce qui nuira à l’animal, c’est de le surprotéger, de l’empêcher de gérer lui-même différentes situations en le soustrayant toujours à ce qui lui fait peur. Ça aggrave les choses.»

Et l’affection là-dedans? Comment résister à cette belle petite boule de poils toute joyeuse à notre arrivée à la maison ou à ce gentil toutou qui veut grimper sur le lit la nuit venue? «Nous devons combler leurs besoins, pas leurs caprices. Parce que, à l’instar d’un enfant, ce qu’un chien veut n’est pas nécessairement ce dont il a besoin», insiste le comportementaliste Sylvain Duchesneau. «Une chose dont le chien n’a pas besoin, ce sont les caresses, explique pour sa part M. Fournier. La caresse ce n’est pas canin. Tous les gestes faits auprès de l’animal sont interprétés par le chien avec sa tête de chien. On parle ici de rapports hiérarchiques.»

Adopter pour les mauvaises raisons
Avant tout chose, avant de se rendre dans une animalerie ou chez un éleveur et avant d’avoir le coup de foudre pour un petit chiot craquant, les trois spécialistes s’entendent sur une chose : il faut que les gens se demandent pourquoi ils souhaitent accueillir une bête dans leur foyer. Malheureusement, l’achat d’un chien est spontané, alors qu’avoir un chien, «ça change une vie», comme l’affirme Michel Fournier.

Le maître animalier soutient que seulement 2 % des deux millions de chiens qui composent la population canine québécoise sont adoptés pour les bonnes raisons, soit pour leur qualité de chien de garde, de travail, de chasse ou autre. «Les gens s’achètent des chiens alors que fondamentalement, ils n’en auraient pas besoin. Ils n’achètent pas un chien pour sa qualité de chien, mais pour répondre à des motifs personnels.»

Ils se tournent alors vers des spécialistes pour retrouver le chien équilibré des débuts; ils écoutent des émissions de télé comme celle de Cesar Millan, L’homme qui parle aux chiens, ou en dernier recours, ils se départissent, à contrecœur, de leur fidèle compagnon devenu ingérable. «C’est ici, au Québec, qu’il s’euthanasie le plus de chiens per capita, dit M. Fournier. Parce que le chien ne correspond pas à l’image et au besoin qu’avait imaginés le propriétaire au moment de l’adoption, ce dernier, déçu, se défait de son compagnon.»

Bien sûr, ce n’est pas la norme, et si ses besoins sont comblés, un chien peut être équilibré, «mais ça ne peut pas arriver si on achète des chiens pour les mauvaises raisons, pour combler un vide ou un besoin d’amour», conclut M. Fournier.
AUDREY LAVOIE

Dernière modification : 07/09/2016.
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