Les incompréhensions dans la relation Homme/chien

Les incompréhensions dans la relation Homme/chien

Il est difficile d'expliquer et d'exprimer la relation que l'être humain a - ou souhaiterait avoir - avec le chien. Cependant, pour l'un comme pour l'autre, tout comportement en situation d'interaction a valeur de message à l'autre.

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Décoder les comportements de l'autre

Les chiens domestiques sont les seuls animaux à s'être rapprochés des humains au point de participer intensément à leur vie. Cette manière d'agir, et leurs moeurs ancestrales basées sur les échanges sociaux, leur ont permis d'adapter leur comportement à celui de l'Homme. 

 

Dans l'Antiquité, le chien était considéré comme un intermédiaire auprès des dieux grâce à ses pouvoirs de divination. Pourtant, il n'est en fait qu'un observateur remarquable, capable d'analyser les attitudes, la gestuelle et les mimiques humaines (les sourires sur les visages, les colères, les joies, etc) auxquelles il répond de la manière la plus apte à la conservation de l'espèce. Cette aptitude d'observation est frappante en particulier chez les chiens qui agissent « au doigt et à l'oeil » à un maître muet, comme un soldat en patrouille dans un avant-poste ou un berger, ou à un maître qui doit faire travailler son animal à de grandes distances et uniquement au geste, comme par exemple durant un concours de chasse ou un exercice de chien utilitaire. De même, un animal sourd de naissance peut être dirigé par ses maîtres grâce à une sorte de langage pour sourd-muet simplifié. 

 

Les réactions d'un chien face à un être humain, connu ou inconnu, dépendent de sa race (hérédité), de son âge, de son expérience (milieu de vie, éducation...), de la puissance de son influx nerveux (énergie) ou encore de son sexe - les mâles étant souvent plus réservés.

 

Néanmoins, de façon générale, le chien, être social, possède une capacité d'adaptation importante. Cette aptitude lui est fort utile, compte tenu de la grande diversité des conditions de vie imposées par ses maîtres d'une famille à une autre et d'un pays à un autre. Mais surtout, c'est cette capacité d'adaptation du chien qui rend possible une cohabitation si intense avec l'Homme, alors même que la communication du chien est essentiellement basée sur le non-verbal (gestuelle, mouvements du corps...) et sur le mode paraverbal (expression sonore et vocalises du chien), tandis que le principal mode de communication humain est le verbal (la parole). 

 

Il n’est pourtant pas simple, ni pour l'Homme ni pour le chien, de bien décoder les comportements de cet « autre » qui n’est pas de la même espèce. Par exemple, les morphologies et équipements sensoriels sont si différents qu'ils ne font pas vivre exactement les mêmes choses au maître et au chien au cours d’une même promenade en forêt. Ils marchent côte à côte, mais le chien repère olfactivement et auditivement ce que son maître ne perçoit qu’à peine, voire pas du tout : l’odeur d’un gibier passé par là il y a peu, les bruits du déplacement furtif d’un rongeur dans les fourrés, ou bien le fait qu'ils sont déjà passés sur ce chemin (ce qui a pu complètement échapper à son maître).

 

De son côté, l'animal n’a pas accès à ces moyens que les êtres humains ont pu mettre en place pour s’orienter et se diriger, comme communiquer entre eux par le langage verbal et l’écriture (ce qui est bien utile pour demander une direction à d’autres personnes ou lire les panneaux et plans de situation de la forêt par exemple). D’autre part, les codes sociaux qui régissent les rapports entre chiens ne sont pas ceux que les êtres humains ont mis en place pour organiser leurs propres relations.

 

En résumé, entre êtres humains et chiens, il n’est pas si facile de « se lire » l’un l’autre. 

L'Homme a alors tendance à tomber naturellement dans le piège de l’anthropomorphisme quand il peine à comprendre les chiens. Du grec anthropos, qui signifie homme, et morphê, forme, l’anthropomorphisme est la tendance à attribuer aux animaux des caractéristiques propres à l’Homme. Pour l’être humain, cela signifie tout ramener à lui-même, s’expliquer l’autre en fonction de soi, pour tenter de donner sens à ce qu’il est difficile de comprendre et contrôler.

 

Toutes les croyances et idées fausses sur le chien sont dictées par ce mouvement naturel de l’humain. Ensuite, barrant le chemin de la compréhension de l’animal et lui portant préjudice, ces croyances sont transmises et assénées, sans plus de possibilité d’envisager d’autres vérités. 

 

Est-il possible de vivre harmonieusement avec un être vivant auquel on prête des émotions, des ressentis, des sentiments, des intentions qu’il n’a peut-être pas ? Peut-on vivre en bonne relation avec lui, alors que l’on ne le comprend pas ? Comment cela pourrait-il ne pas retentir sur son bon équilibre psychique, comportemental et même physiologique ? Si faire une mauvaise lecture du comportement d’un chien (c’est-à-dire l’interpréter de manière erronée) pouvait ne pas avoir d’incidence fâcheuse, il n’y aurait pas lieu de se plaindre de l’anthropomorphisme.

 

Mais mal interpréter les conduites de son animal entraîne forcément des réponses inappropriées des maîtres. Penser par exemple que son chien destructeur est retors et vengeur conduit rapidement à vouloir le punir, alors que ce dont il aurait besoin serait d’être compris dans ses motifs de s’attaquer ainsi à son environnement.

 

En clair, il faut faire extrêmement attention à ne pas humaniser cet animal au point de « le prendre » pour un être humain.

 

De son côté, que le chien prenne son maître pour un de ses congénères semble peu probable. Il fait parfaitement la différence entre l'être humain et l’un des siens. Mais qu’il fasse comme l'Homme et les « canimorphise » en quelque sorte, c'est-à-dire fasse une lecture des comportements humains à l’aune de ses propres codes sociaux canins, est possible, et bien naturel.

 

Au quotidien des interactions avec l'être humain, quand par exemple les maîtres laissent libre choix au molosse d’occuper à la maison les places qu’il désire, le chien fait une lecture de ce qui lui est proposé, selon les codes qui régissent les relations entre chiens. Sachant que pour lui, entre bien d’autres choses, la libre occupation de places de repos sur l’espace de vie est un privilège de la dominance, il va naturellement réagir face à cela en puisant dans le catalogue des comportements propres aux chiens.

 

Rompre cette chaîne des mutuelles méprises auxquelles mènent immanquablement anthropomorphisme et « canimorphisme » croisés est possible pour notre espèce, mais pas pour l’espèce canine.

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Commentaires sur cet article

Pour ma part, je les laisse renifler ce qu'ils veulent : je n'ai pas le même odorat qu'eux et j'accepte cet état de fait. Il est naturel de ne les voir se saluer de la même façon que nous et je ne leur demande pas de se serrer la patte !
Il m'est arrivé à plusieurs reprise de devoir l'expliquer aux autres propriétaires de chiens.
Il arrive de m'impatienter : mais ça sent si bon que ça, à cet endroit là ? Je ne le saurai jamais.

   
Par CocciNim
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