Suisse - CHIENS : Chaque semaine un enfant mordu

16/12/2009
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Le médecin qui a soigné le bébé mordu par un pitbull, à Préverenges, rappelle que les morsures canines constituent des accidents tragiques mais si fréquents.

Photo : © PATRICK MARTIN | Moins d’un tiers des chiens sont de race pure. Leur dangerosité est plutôt liée à leur taille et à leur éducation.

Julien Pidoux | 16.12.2009 | 00:03


A l’Hôpital de l’Enfance (HEL), l’infirmière chargée des admissions en a l’habitude. Chaque semaine en moyenne, un enfant mordu par un chien y est amené, par ses parents ou par une ambulance. «Un accident tragique mais classique, soupire Nicolas Lutz, le médecin qui a soigné le petit Bleon, mordu par un pitbull à Préverenges mercredi dernier. Il ne faut pas oublier que le chien reste un prédateur, et l’enfant de la chair à pâté.»

Spécialisé en chirurgie pédiatrique, Nicolas Lutz ne mâche pas ses mots, car il veut que le message passe, qu’il arrête de se dire «encore un!» quand un enfant mordu débarque dans son service. «Il ne faut jamais laisser un chien s’approcher d’un petit enfant, surtout s’il est sans laisse. Dès qu’un chien s’approche, les parents doivent protéger leur petit. Or, combien de fois a-t-on vu un chien renifler un berceau ou lécher le visage d’un enfant? C’est de la folie.»

Surtout, il faut arrêter de croire qu’un animal que l’on connaît ne fera pas de mal: près de 80% des morsures seraient dues à un chien connu de la famille, selon les données les plus complètes de l’Office vétérinaire fédéral. Le cas de Bleon est donc l’exception. «Sa mère a d’ailleurs bien agi, en se méfiant dès qu’elle a vu le chien», note Nicolas Lutz.

Le week-end dernier encore, une fillette de 2 ans s’est fait mordre par un… teckel de 6 mois, qui appartenait à une cliente du magasin que tient sa mère. «Elle a été mordue sous l’œil, elle gardera des cicatrices.»

A voir les derniers formulaires officiels en cas de morsure de chien remplis par le personnel médical de l’HEL, la race ne semble pas un critère déterminant: un doberman, un berger belge, un berger allemand, un beagle, un cocker, un boxer, deux shitsus et trois bâtards sont les derniers canidés à avoir agressé un enfant. «Il ne faut pas oublier que moins d’un tiers des chiens sont vraiment de race, les autres étant des croisements. La taille de l’animal et la façon dont il a été éduqué sont des éléments prépondérants.»

Les bons comportements
A chaque fois qu’un tel cas se présente à l’HEL, les parents se font remettre une petite brochure, qui leur permettra d’expliquer à leur enfant les bons comportements à adopter en présence d’un chien. «Surtout, quelle que soit la morsure, il faut venir à l’hôpital. Ce n’est pas une question de rage – il n’y en a plus eu chez nous depuis plus de dix ans –, mais les plaies peuvent s’infecter, insiste le médecin. Un sparadrap ne suffit pas.»

Le petit Bleon en sait quelque chose. S’il a pu quitter l’hôpital, lui et sa famille sont loin d’en avoir terminé avec les soins.

La brochure d’informations destinée aux enfants peut être commandée ou téléchargée sur le site www.bvet.admin.ch



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Comment peut-on relâcher un pitbull qui a blessé un enfant?

Comment peut-on relâcher un pitbull qui a blessé un bambin, risquant de lui faire perdre un œil? Dans cette affaire, la réponse est claire: c’était une erreur. Selon la législation actuelle, Baxter ne pouvait en aucun cas être rendu à sa propriétaire, car elle n’a pas l’autorisation de détenir un chien de cette race.

Faut-il pour autant, et par la faute de sa maîtresse, condamner Baxter? La question est tout autre, si on l’examine uniquement sous l’angle des dispositions en vigueur. L’avenir du chien dépend de sa dangerosité. Si Baxter a voulu simplement jouer avec le petit Bleon, lui donnant un coup de griffe, il n’est pas condamnable. Si, par contre, il s’est jeté sur le bambin pour le mordre, il sera sanctionné.

Peu après l’accident de mercredi dernier, l’analyse des experts canins de la gendarmerie tendait vers la première affirmation. Cela explique le geste de la police de Morges de rendre le chien à sa maîtresse, quelques heures après les faits. Il faut noter aussi que le premier diagnostic de l’enfant – conduit d’abord en ambulance à l’Hôpital ophtalmique de Lausanne – a montré que l’œil n’était pas touché. En outre, selon un témoignage, la blessure était moins traumatisante qu’elle n’apparaît sur la photo de Bleon, publiée lundi, qui a soulevé l’indignation.

Il n’empêche, dans le cas de Baxter, le médecin est formel: Bleon a «bel et bien été mordu, avec plaies profondes». D’autre part, le vétérinaire cantonal n’a pas donné son aval à sa libération, selon Bernard Klein, chef du Service des affaires vétérinaires. Une investigation étant en cours, il ne donne pas plus d’informations.

Mais Bernard Klein indique que, dans un tel cas, la procédure prévoit que le chien doit faire l’objet d’une évaluation approfondie avec des tests reconstituant les événements. S’il est jugé dangereux, diverses mesures peuvent être prises (laisse permanente, muselière obligatoire), jusqu’à l’euthanasie, s’il y a mise en danger pour la sécurité publique.

JEAN-MARC CORSET




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Doris Leuthard ne veut pas interdire des races de chiens

Après le drame de Préverenges, faut-il interdire certaines races de chiens au niveau national? La conseillère fédérale Doris Leuthard n’y est pas favorable. «Après avoir discuté avec les experts, je suis convaincue que même un petit chien peut attaquer un bébé. Je préfère donc la solution en discussion au parlement (ndlr: obligation de tenir les chiens en laisse dans les lieux publics, assurance responsabilité civile obligatoire pour les maîtres). En outre, la nouvelle loi sur la protection des animaux oblige les propriétaires de chiens à suivre des cours. Reste qu’une sécurité totale n’existe pas, que ce soit au volant ou avec des chiens dangereux. Il faut bien accepter que la vie comporte des risques, même si c’est parfois révoltant quand on pense aux personnes blessées.»

SERGE GUMY / BERNE

Commentaires sur cette actualité

Madame, Monsieur,

Suite au terrible accident arrivé mercredi passé, je tiens tout d’abord à dire, au nom du Groupe Suisse des Amis du Molosse (G.S.A.M.) et à titre personnel, que je suis de tout cœur avec ce bambin et sa famille dans la douleur. Chaque accident est un accident de trop. Mais aussi un accident que les médias s’empressent de transformer en évènement « sensationnel ».

Dès le jour du tragique accident d'Oberglatt, le Groupe Suisse des Amis du Molosse (G.S.A.M.) a défendu une position claire: toutes les mesures pouvant réellement améliorer la sécurité de la population vis-à-vis des chiens, doivent être soutenues, pour autant qu'elles soient réalisables dans la pratique et non discriminantes. Dans ce contexte, le G.S.A.M. soutient toutes les propositions faites pour améliorer l'élevage et la garde des chiens de toutes races, ainsi que celles visant à sensibiliser et à responsabiliser les détenteurs. L’association est également favorable au repérage le plus précoce possible des chiens susceptibles de présenter un comportement dangereux et à la prise de mesures ciblées vis-à-vis de ceux-ci par le biais des offices vétérinaires compétents.

La plupart des standards de races visent à une harmonisation et à un équilibre des races pour que les chiots puissent s’insérer dans notre vie contemporaine. Cela est appréciable.
De plus, une loi catégorisant la gente canine est insociable et, surtout périlleuse :

Résultats d'études réalisées à l'université de Hanovre :

Le Land de Niedersachs (Allemagne) figure parmi les régions ou pays qui ont édicté des lois basées sur des listes de races. Le gouvernement de cette région a, en 2000, établi deux catégories différentes de chiens soumises à conditions, en raison d'un degré de dangerosité prétendument différent. Les chiens dits "dangereux" ont l'obligation de se soumettre à un test de comportement officiel.
L'université de Hanovre a réalisé diverses études afin de déterminer si les résultats obtenus étaient différents en fonction des catégories de chien. Une première étude (A.Mittmann, 2002) réalisée sur 415 chiens a établi que seuls 5 % des chiens "dangereux" testés présentaient un comportement d'agression inadéquat, dont un seul était pathologique. L'étude conclut que l'obligation de soumettre l'ensemble des chiens "listés" au test officiel n'est pas justifiée.
Une deuxième étude (A.Böttjer, 2003) compare les résultats obtenus au test officiel par les 2 catégories de chiens "listés" en ce qui concerne les réactions d'agression intraspécifique. Cette étude indique qu'il n'y a aucune différence entre les 6 races/types de chiens et conclut qu'il n'y a aucune raison de les considérer différemment en ce qui concerne leur dangerosité (=> il n'y a donc pas de raison de créer de sous-catégories).
Enfin, une troisième étude (T.Johann, 2004) a comparé les résultats obtenus à ce test par les chiens listés à ceux obtenus par 70 Retrievers. Il n'apparaît aucune différence significative entre les deux groupes.
En résumé, ces études concluent que les tests d'agressivités réalisés ne mettent en évidence aucune différences entre le type Pitbull, la race Rottweiler et la race/ type Retriever/Labrador.

Résultat d’études réalisées en Grande-Bretagne.

La Grande-Bretagne a été parmi les premiers pays en Europe à avoir introduit une législation (Dangerous Dog Act) définissant des mesures d’interdiction à l’encontre de plusieurs races (1991).
Une étude a été consacrée à l’évaluation de l’efficacité de cette loi (Klaassen et Al., 1996) en comparant la situation épidémiologique (urgences hospitalières) avant son existence et 2 ans après son entrée en vigueur (1998-1999). Ce travail scientifique a abouti à la conclusion que si « la loi avait pour but de protéger la population contre les risques de blessures provoquées par des chiens, ce but n’a pas été atteint ».

Le résultat de l’enquête faite en 2007 démontre qu’une loi sur les chiens dangereux touchant des races et pas l’ensemble des chiens est complètement inappropriée.

Augmentation des hospitalisations suite à des morsures de chien :
+ 43 % en 4 ans sur l'ensemble du pays.
+ 119 % à Londres pour la même période.
+ 20 % chez les enfants sur l'ensemble du pays.
+ 58 % pour les adultes sur l'ensemble du pays.
+458 % d’augmentation des combats entre chiens sur l'ensemble du pays (NB : cas instruits en 2004, 24, et en 2007…134 !)

(Source: The Greater London Authority, Metropolitan Police, RSPCA and Battersea Dogs' Home)

La dangerosité ou l'agressivité n'est donc pas le fait d’une ou plusieurs races, mais bien de tout chien conditionné dans ce but. Et ce n'est pas en édictant une liste de chiens dits dangereux ou une liste de chiens interdits que le problème des accidents canins sera résolu. Nous remarquons que dans les pays qui ont édicté de telles dispositions, les morsures n'ont pas diminué, bien au contraire !

Pour la Suisse :

Il est important de souligner qu'en Suisse il y a déjà eu, par le passé, des morts par morsures et, que rien n'avait été fait en ce temps-là (sauf pour la dernière victime):

- 1979: un enfant est tué par deux St-Bernards
- 1982: un homme est tué par ses Bergers Allemands
- 1996: un bambin est tué dans son couffin par un teckel
- 2005: un enfant est tué sur le chemin de l’école par trois Pitbulls

En France, entre 1994 et 2004, 64 morsures graves:

- 50 par des Retrievers (Goldens et Labradors)
- 8 par des Bergers (Allemands et Belges)
- 2 par des terriers (A.S.T. et Pitbull)
- 4 par des bâtards

Aux États-Unis, l’étude la plus sérieuse à ce jour (Center for Health and Social Care/USA/2001) dit ceci à l’encontre du chien stigmatisé depuis quelques temps :

- 52 000 000 chiens aux Etats unis
- 5 000 000 d'entre eux sont des pitbulls
- 9% des chiens sur le territoire américain sont donc des pitbulls
- 333 687 morsures graves chaque année
- 1,8% sont provoquées par des pitbulls

6% de la population canine a déjà mordu quelqu'un et sachant que 1,8 % sont des pitbulls, cela fait 600 pitbulls sur 333 687 chiens, il y a donc 600 pitbulls mordeurs sur un cheptel total de
5 000 000 de pitbulls.

Résultante :
0.001% des chiens ayant mordu aux USA sont des pitbulls
0.0001% de pitbull sur 5 millions à mordu gravement ou tué quelqu'un en le mordant.

Loin d’être une particularité française, suisse, allemande, américaine ou anglaise, la législation sur les « chiens dangereux » est un phénomène qui touche de nombreux pays européens.
Après l’Angleterre, les Pays-Bas font partie des premiers à s’être engagés dans la lutte contre les chiens dits dangereux avec, en chef de file, le pitbull.
Frappé d’interdiction d’élevage et de détention depuis 15 ans, ce chien va de nouveau faire partie des « cane grata » sur le sol hollandais, les Pays-Bas ayant décidé de lever leur interdiction.
Comme le souligne la commission d’experts pour formuler cette décision, le gouvernement néerlandais s’est appuyé sur la constatation que, depuis 1993, date d’instauration de l’interdiction, les mesures répressives sont loin d’avoir eu les effets escomptés. En effet, aucune diminution des accidents impliquant ces chiens n’a été observée, au contraire.

En contrepartie, la Hollande a annoncé le renforcement de mesures de prévention individuelles telles que le port de la laisse et la mise en place de programmes d’éducation des propriétaires de « chiens dits dangereux ».

En revanche, en Suisse l'exemple de Neuchâtel qui s'est dirigé dans le sens de la prévention plutôt que de la coercition au niveau du chien, nous démontre que c'est une piste essentielle pour prévenir les cas graves de morsures ; près de 40% de morsures en moins depuis la loi neuchâteloise !

Le projet de loi fédéral sur les chiens s'inspirant largement des dispositions déjà en vigueur dans l'ordonnance sur la protection des animaux et, de ce fait, le Groupe Suisse des Amis du Molosse (G.S.A.M.) pense qu’il est absurde et périlleux de laisser la liberté aux cantons de prévoir une législation souveraine et dans certains cas, discriminante envers les races, la taille ou le poids du chien.

Pour conclure, ce qu’en disent les spécialistes :

Dr Lehr Brisbin: «À notre connaissance, il n'existe aucune étude scientifiques qui permettrait de comparer ou d’évaluer la puissance de morsure des différentes races de chiens. En outre, il y a des raisons impérieuses pour lesquelles ces techniques décrivant la capacité à mordre en termes de « kg par cm carré »… elles sont purement politiques !. Tous les chiffres décrivant la puissance de morsure dans de telles ou telles conditions ne peuvent êtres attribués qu’à des rumeurs sans fondement ou, dans certains cas, à des articles de journaux sans aucun fondement factuelles.

Sachant que les victimes graves de morsures sont dans le 80% des cas des enfants en bas âges, il est évident que plus des trois quarts des chiens sur le territoire Suisse devraient êtres concernés, car s’il on se rappel l’enfant tué en Argovie il y a une douzaine d’année, la race de chien impliquée n’était ni un pitbull, ni un rottweiler ou un berger allemand, mais un teckel !

Je vous remercie de votre attention et reste bien entendu à votre disposition pour toutes questions ou entretiens.
Je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, mes salutations les meilleures.

Pierre Boegli
Président du Groupe Suisse des Amis du Molosse (G.S.A.M.)

   
Par Pierre Boegli, Président du Groupe Suisse des Amis du Molosse (G.S.A.M.)