Morsures de chiens : causes et solutions

Morsures de chiens : causes et solutions

Si, chez les chiots, les morsures et autres mordillements représentent un comportement instinctif courant lié à la formation de leur dentition, les morsures causées par les chiens adolescents et adultes peuvent avoir des conséquences nettement plus graves.


Ainsi, chaque année, des statistiques alarmantes mettant en cause les chiens dans des cas d'agression, voire d'hospitalisation, sont publiées. Ces accidents provoquent de la méfiance envers certaines races de chiens, notamment les chiens catégorisés, mais aussi la crainte, pour les maîtres, que leur compagnon ne démontre un comportement agressif à l'occasion d'une promenade avec le chien ou de la venue d'amis à la maison.


Il y a là comme une contradiction. En effet, les études portant sur le comportement du chien sont de plus en plus nombreuses, et l'Homme comprend mieux qu'autrefois ce compagnon à quatre pattes. Pourtant, dans le même temps, le nombre d'accidents et de morsures a augmenté au fil des ans. Ceci est notamment dû à un manque de prévention au sein des familles, mais surtout à la persistance d'idées reçues qui s'avèrent très souvent dangereuses.

Partager
 

Le nombre de morsures de chiens est en hausse

De nombreuses études révèlent, et cela depuis des années, que non seulement les morsures par des chiens sont fréquentes, et ce quelle que soit la race du chien, mais également que leur nombre est en constante augmentation. Chaque année, aux États-Unis, on compte ainsi 4,5 millions de victimes, dont 800.000 nécessitant des soins médicaux. Au moins la moitié d'entre elles sont des enfants.

 

En France, le Centre de Documentation et d'Information de l'Assurance (CDIA) évalue le nombre de morsures annuelles à environ 500.000, dont 60.000 nécessitent des soins hospitaliers, avec un pic en été. Il ne s'agit là que d'un estimation. En effet, il n’existe pas en France de données vraiment exhaustives sur le nombre de morsures annuelles provoquées par les chiens, ni de chiffres permettant l’évaluation financière de ces accidents.  

  

Ces chiffres, déjà importants, ne prennent en compte que les morsures canines déclarées suite à une consultation médicale. Or on estime que moins de la moitié des blessures sont dénoncées. Malgré le caractère obligatoire des déclarations de morsures, et ce quelle que soit leur gravité, peu de personnes s'y résolvent si elles ne nécessitent pas de soins médicaux. Il faudrait donc doubler les chiffres précités pour avoir une estimation plus juste du nombre annuel de victimes de morsures de chiens. Pourtant, les morsures de chiens en France ne constituent curieusement pas un problème de santé publique très investigué, selon l'Institut de Veille Sanitaire (InVS). 

 

Aux Etats-Unis, le dédommagement des victimes par les propriétaire du chien mordeur incite le plus souvent un dépôt de plainte. De fait, les statistiques sur le nombre de morsures et leurs coûts sont plus précises. 

 

En Algérie en revanche, les conditions sanitaires sont propices aux animaux errants qui viennent chercher leur nourriture dans les décharges sauvages, parfois très près des habitations. Le nombre de morsures est important et inquiète. En effet, cela pourrait avoir de graves conséquences sanitaires en cas, par exemple, de rage avérée. Sont à déplorer l’absence d’une politique de gestion des déchets et l’incivisme des concitoyens. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, 55 000 cas de rage humaine sont enregistrés annuellement dans le monde. Pour la seule année 2010, l’Algérie en a enregistré 20 cas, selon les statistiques publiées par INSP.

Les victimes des morsures de chien

Une enquête effectuée entre 1986 et 1988 dans des hôpitaux français par l'EHLASS (European Home and Leisure Accidents Surveillance System) avait démontré que 40% des accidents (morsures, chutes, chocs) provoqués par des chiens surviennent chez des jeunes de moins de 15 ans, dont 16% chez des enfants entre 1 et 5 ans. Les études menées dans d'autres pays, et notamment aux Etats-Unis, pays où ont été effectuées le plus grand nombre de recherches à ce sujet, vont dans le même sens.


Les enfants, et notamment les plus jeunes, sont donc les plus touchés par les morsures de chiens : aux États-Unis, 55% des garçons et 39% des filles entre 4 et 18 ans auraient déjà été mordus au moins une fois. 1 enfant sur 2 aurait ainsi déjà été agressé par un chien (August J.R. et al., 1988). En France, l'InVS aurait même recensé, entre 1990 et 2010, 33 décès consécutifs à des morsures de chiens, dont deux tiers d'enfants de moins de 15 ans. Parmi ces 21 victimes, 16 avaient moins de 5 ans.

 

Ce problème est d'autant plus inquiétant que l'on sait que les morsures de chiens sont d'autant plus graves que l'enfant est jeune. En effet, on compterait entre 3 et 4 fois plus d'hospitalisations d'enfants de moins de 10 ans que d'enfants plus âgés ou d'adultes, selon le bulletin du SHIRPT de 1997. En outre, le taux de mortalité serait 139 fois plus élevé chez les nouveaux-nés que chez les personnes âgées de 30 à 40 ans.

 

Par ailleurs, les morsures de chiens sur les enfants laissent souvent des séquelles psychologiques, mais aussi, dans quatre cas sur cinq, physiques. Celles-ci peuvent d'ailleurs être importantes, car, chez les enfants, les morsures canines sont majoritairement portées à la tête et au visage, qui sont plus souvent à la hauteur de la gueule du chien.

 

Chez les adultes, les cyclistes et les randonneurs sont les plus exposés aux morsures de chiens. Leur déplacement rapide a en effet tendance à provoquer des réactions de poursuite de la part des chiens - qui n'a jamais vu un chien qui poursuit frénétiquement les vélos ou les voitures ?
Viennent ensuite les personnes qui, à cause de leur activité professionnelle, sont obligées d'entrer dans ce que le chien considère comme un territoire à défendre : démarcheurs, représentants de commerce, employés de services publics, ou encore facteurs.

 

Mais les gens de passage ne sont pas les seuls à se faire agresser, bien au contraire. Dans un nombre important de cas, le chien est connu de la personne et appartient soit à un voisin, soit à la victime elle-même. Il reste cependant difficile d'évaluer précisément le nombre d'individus touchés par ce type de morsures, puisque les blessés auront moins tendance à consulter un médecin. On estime cependant que, lorsqu'il s'agit d'enfants, le chien est connu dans 44 à 90% des cas (Filiatre et al., 1990 et Sokol et al., 1997). Or, selon une étude réalisée en France entre mai 2009 et juin 2010 auprès des services d'urgences de 8 hôpitaux, les morsures de chien sont plus nombreuses et plus graves lorsque la victime connaît l'animal. En revanche, aucun lien n'a été établi entre la gravité de la morsure et la race des chiens en cause.

 

Même si l'on constate que statistiquement, le Labrador et le Berger Allemand sont les chiens les plus mordeurs, c'est tout simplement parce qu'ils sont les plus nombreux. Les chiens classés en première et deuxième catégorie ne concerneraient que 3% de la population canine française. En outre, il ressort d'une étude menée par le Collectif 4C pour la défense de ce type d'animaux et pratiquée sur près de 750 chiens dits «dangereux» - et donc soumis à l'évaluation comportementale obligatoire imposée par la loi - que les deux catégories de chiens concernées, au vu des résultats des évaluations, ne présentaient pas de risque de dangerosité (hormis ceux inhérents à l'espèce canine) ou un risque de dangerosité faible dans 98% des cas.

 

Enfin, il semble que la proportion de morsures déclarées soit plus importante lorsqu'elles touchent les femmes. Les morsures d'hommes et d'enfants sont en effet moins signalées.

Comment éviter les morsures ?

Le nombre de cas de morsures totalement gratuites est extrêmement rare. Pour prévenir ce type d'accidents, les actions de prévention se multiplient. Vétérinaires, éducateurs canins, ou encore passionnés de chiens entreprennent des journées de sensibilisation notamment dans les écoles ou les centres de loisirs, pour les jeunes et leurs parents, propriétaires d'un chien ou non. Dans l'administration également la sensibilisation est importante, notamment par exemple pour les facteurs. Trois à quatre d'entre eux seraient mordus chaque jour par des chiens lors de leur tournée. Même s'il s'agit dans la majorité des cas d'incidents sans gravité, le nombre d'attaques est toujours en légère augmentation.

 

Pour s'épargner une morsure, il y a bien des situations dans lesquelles il suffit de ne pas approcher l'animal ou de ne pas l'importuner. Par exemple lorsqu'il poursuit une proie, qu'il défend son territoire, qu'il protège ses bébés, ou encore quand un chien non castré est attiré par une femelle.

 

Par ailleurs, avant de mordre, les chiens donnent plusieurs avertissements. Les oreilles rabattues sur la tête, la queue courbée entre les pattes, les poils hérissés sur le dessus du dos, des grognements ou des babines retroussées sont autant de signes d'appréhension à comprendre comme des mises en garde et à prendre en compte. 

 

En cas de morsures, qui est responsable ?

En cas de morsure, c'est l'assurance Responsabilité Civile du maître du chien responsable de l'accident qui rembourse alors les éventuels frais liés à la blessure.

 

Les maîtres de certaines races de chiens dits « dangereux » ont d’ailleurs obligation de posséder ce type de contrat. Il est différent de l’assurance santé animale, qui relève d’une démarche volontaire et qui permet pour sa part le remboursement des frais liés aux maladies et/ou accidents dont l’animal serait victime.

 

Si les blessures concernent un autre animal et que celui-ci dispose d'une couverture santé, les frais vétérinaires seront alors remboursés le cas échéant. Mais l'assureur de l'animal victime peut demander à son tour remboursement auprès de l'assurance responsabilité civile du maître dont le chien est en cause.

Toute morsure d'un humain imputable à un chien - quels que soient la race ou le type auquel il appartient, dit «dangereux» ou non - doit faire l'objet de deux obligations. Dans un premier temps, une surveillance sanitaire de 15 jours chez un vétérinaire (en trois visites), qu'il soit ou non vacciné contre la rage sera nécessaire. D'autre part, depuis janvier 2008, une évaluation comportementale auprès d'un vétérinaire agréé sera exigée, suivie d'une déclaration auprès de la mairie du lieu de résidence.

Pourquoi mon chien mord-il ?

L'hérédité, le sexe, l'expérience précoce, la socialisation du chiot et son apprentissage, mais aussi la santé, le statut de reproduction et la qualité de l'environnement influencent la propension d'un chien à mordre. Tout est en fait question d'individu, c'est le vécu qui sera déterminant. 

 

S'il est normal que les très jeunes chiots mordent et ne laissent que des blessures bénignes, surveiller l'attitude de son compagnon lorsqu'il atteint l'adolescence est nécessaire. Il est très important pour le maître de faire preuve de responsabilité : il doit comprendre les besoins de son chien, mais aussi sa nature, laquelle est liée à la race du chien. Cela est nécessaire pour canaliser l'animal et l'habituer à vivre avec des humains et d'autres animaux.

 

Plusieurs cas de figure peuvent expliquer l'agressivité du chien et/ou sa propension à mordre :

 

  • L'excitation, due à un surplus d'énergie, notamment lorsqu'il est jeune, peut pousser le chien à mordre. Dans ce cas, avant même de songer à le punir, il important de faire des promenades quotidiennes avec son chien, et lui proposer des exercices. Faire un sport canin en sa compagnie peut être une solution. En outre, le contact avec d'autres chiens de son âge est un très bon moyen de lui apprendre à maîtriser sa force. À travers des jeux et des situations dans lesquelles le chien peut exprimer son instinct de domination, il doit parvenir à distinguer les morsures liées au jeu et celles provoquées par pure agressivité.

 

  • Des situations où le chien se sent menacé mènent généralement à une réponse agressive. Un chien ne mord jamais spontanément, c'est pour lui le stade ultime de la défense, et il n'y a recours qu'à contrecoeur, préférant s'enfuir s'il le peut. Le stress du chien, engendré par un enfermement, une situation contraignante où il subit des choses qu'il ne comprend pas, l'absence prolongée du maître ou un environnement peu adapté à ses besoins, peut aussi avoir des effets dommageables. Il est donc nécessaire d'être attentif au bien-être de son chien et de lui fournir des distractions pour qu'il se sente à l'aise. De plus, si le chien apprend que seule la morsure marche pour le sortir d'une situation désagréable, il se mettra à l'automatiser, c'est-à-dire qu'il va penser qu'elle constitue la seule réponse efficace et risque dès lors de se mettre à mordre sans prévenir. 

 

  • Le chien qui cherche sa place dans la famille peut mordre pour s'affirmer dans la hiérarchie familiale. C'est pourquoi il est important de l'éduquer dès son plus jeune âge et de ne pas le laisser prendre l'ascendant sur les autre membres du foyer. 

 

  • Un chien peut mordre si l'on tente de le déloger du canapé, de la voiture ou encore de sa caisse de transport. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est très important de ne pas chercher à attraper un chien de force avec les mains, mais de veiller à toujours lui apprendre à venir quand on l'appelle. Afin d'éviter tout risque de morsure, le chien doit faire les mouvements de lui-même ; c'est à lui de se déplacer pour rejoindre son maître. Il doit associer la demande à du plaisir, plutôt que de se sentir contraint. Cet apprentissage doit se faire dès le plus jeune âge du chien. 

 

  • Par ailleurs, un chien malade, ou du moins en mauvaise santé, peut mordre s'il est touché à l'endroit concerné par sa douleur. Dans ce cas, il est important de consulter un vétérinaire pour en comprendre les causes et apaiser ses maux.

 

Il est aussi intéressant de relever que les chiens attachés en laisse seraient 2,8 fois plus susceptibles de mordre que les chiens détachés. Cela paraît peu surprenant aux yeux de celui qui connaît l'éthologie canine, mais n'empêche pas que la loi impose que les chiens soient tenus en laisse - même s'il y a aussi d'autres justifications à cette obligation.

 

Enfin, chez les adultes, les morsures surviennent le plus souvent lorsque la victime cherche à séparer deux chiens qui se battent. Les enfants en revanche sont en général mordus lorsque l'animal est importuné. 

 

Les mâles mordent plus que les femelles

Une étude américaine tend à montrer que les chiens mâles sont 6,2 fois plus susceptibles de mordre que les chiennes. Cette propension du mâle à passer plus souvent à l'acte que la femelle est certainement reliée à la sensibilité hiérarchique du chien.

 

En effet, à l'origine, le comportement éthologique d'agression sociale du mâle vivant au sein d'un groupe d'individus est utile et nécessaire au maintien de la cohésion, de l'équilibre et de la bonne organisation sociale de la meute. La nécessité impérieuse de reconnaissance de la place statuaire de chaque individu par chaque membre du groupe conduit à l'expression fréquente de comportements d'agression sociale entre les mâles, d'où cette tendance plus forte au passage à l'acte. Il faut par ailleurs ajouter que le comportement d'agression entre mâles pour l'accès à la reproduction est un élément éthologique essentiel à la survie du groupe, puisqu'il permet de sélectionner les mâles les plus robustes.

 

L'étude précitée ne propose cependant pas d'analyse d'un lien entre ces deux éléments, et peut-être n'y en a-t-il pas. Néanmoins, il n'est pas incohérent d'associer le fait que les mâles mordent plus à la hiérarchie entre chiens mâles.

Le mot de la fin

Les causes de morsures de chien sont donc nombreuses, et une morsure ne signifie pas forcément que le chien est dangereux. Il ne faut donc pas nécessairement s'alarmer, mais plutôt bien analyser et prendre en main la situation, afin que tout se passe au mieux pour tout le monde, humain comme chien.

 

Les morsures ne sont pas inéluctables : dans l'immense majorité des cas, un chien prévient avant de mordre. S'il en est réduit à cette extrémité, c'est probablement qu'il a auparavant envoyé des signaux qui ont été ignorés par la personne.

Dernière modification : 03/26/2019.
Reproduction interdite sans autorisation.

Commentaires sur cet article

bravo a toi severine et continue tout comme moi a te battre pour "sauver" cette race moi j'en ai trois et je les aiment a donf et j'ai 53 ans ce ne sont pas que des chiens de jeunes et d'irresponsables merci

   
Par ravier

Ca fait plaisir ,pour une fois on ne cite pas de race. En effet,depuis quelque temps,nous entendons parler de morsures quand il s'agit de molosses type: trop souvent rottweiller,staff...ect.
Par contre,quand il s'agit de chien autre ne faisant pas partie de catégorie,on n'entend rien à la radio,télé,journaux.Il faut pas nous faire croire que dans toutes les morsures de chien seuls les rott mordent et sont agressif. Armelle à raison, mais il faudrai aussi regarder dans quel condition sont détenu certain chiens. Notamment dans des caves ou ils sont dans le noir privés de nourriture et dressés à être agressifs et méchants. Ainsi que toutes ces animaleries qui disent fonctionner avec des éleveurs, il s'agit en faite des pays de l'est, ils ne pensent qu'a l'argent et se foutent de s'occuper d'être vivant.

0    0
Par Severine

Beaucoup de morsures sont dues à la méconnaissance des maitres, ou au non-respect de certaines règles de base : chien dérangé lorsqu'il dort, ou mange. Un plus grande information réduirait sûrement le nombre de ces morsures...

0    0
Par Armelle

Vidéos sur ce sujet

Discussions sur ce sujet