La puberté chez le chien

La puberté chez le chien

Les chiens évoluent tout au long de leur vie : ils grandissent et passent par différentes périodes pendant lesquelles leurs caractères se forgent.


La puberté est une de ces périodes, et non des moindres. En effet, elle se traduit par de nombreux changements déterminants pour l'animal, et ce à différents niveaux.


Selon le caractère du chien, ces métamorphoses peuvent passer inaperçues, ou se ressentir plus ou moins. 

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La puberté canine

On compte dans le terme puberté une phase prépubertaire, une phase de puberté et une phase d’adolescence. C’est un stade très important pour l’organisme, pendant lequel des transformations vont se réaliser, tant d’un point de vue psychique que physique, par le biais du processus hormonal.

 

Chez les humains, on appelle communément la phase de la puberté « l’âge bête » ou « l’âge ingrat ». Elle démarre généralement entre 9 et 12 ans et s'accompagne souvent d'une crise d’identité qui fait remettre en question bien des choses du monde dans lequel ont vit.

 

Chez le chien, le début de la puberté varie selon la race, se situant entre 6 mois et un an, alors que chez son ancêtre le loup, elle se situe vers 2 ans. Plus précisément, les chiens de petite taille atteignent leur maturité sexuelle vers 6 mois, alors que pour les chiens de grande taille, comme les Dogues Allemands, il faut parfois attendre leurs 18 mois.

 

Cette étape dans le développement du chien est très structurante ; toute sa vie future et ses relations avec ses maîtres ainsi que l’univers qui l’entoure vont souvent en dépendre.

 

En général, les propriétaires de chien peuvent se rendre compte de l'entrée de leur protégé dans l'âge de la puberté en observant des changements facilement repérables dans son comportement. Certains parleront même de caprices, d’indépendance, de troubles de l’humeur, ou encore de peurs irraisonnées. Ils diront que le chiot « fait du cinéma » ou bien encore qu’il « se moque d’eux ». L'être humain, comme souvent, aura tendance à humaniser l'animal : c'est ce que l'on nomme l'anthropomorphisme

Une période de changements hormonaux...

La puberté chez le chien se caractérise par l'expression de nouveaux gènes et la production des hormones sexuelles. Avec elle apparaissent les chaleurs de la chienne et la production de spermatozoïdes par le mâle. 

 

Les propriétaires se rendent souvent compte que la femelle a ses premières chaleurs lors des premières pertes de sang, mais les manifestations commencent plus tôt : la chienne recherche le contact des mâles, devient joueuse avec eux, se lèche la vulve...

 

Le mâle, quant à lui, commence à lever la patte pour uriner. En effet, le chiot urine normalement en position accroupie, tandis que le mâle entier se met à lever la patte pour uriner. Une fois ce comportement d'élimination et de marquage acquis, il le gardera en général toute sa vie, même en cas de castration du chien

 

L'expression des gènes et des hormones sexuelles (testostérone chez les mâles et oestrogènes chez les femelles) entraîne quant à elle l'apparition d'un véritable dimorphisme sexuel, plus visible chez certaines races de chien que d'autres. Par exemple, durant cette période, la stature des mâles augmente, et leur puissance musculaire s'accroît sensiblement. 

 

De plus, la production des nouvelles hormones a en général deux effets corrélés chez le chien, quel que soit son sexe : elle le rend plus sensible aux hormones sexuelles produites par les congénères de son groupe social (c'est-à-dire les autres chiens, mais parfois même pendant la période de menstruation de l'humaine de la maison), et moins apte à s'autoréguler (contrôle de l'agressivité du chien, par exemple).

... qui a des répercussions sur les comportements sociaux

Entre chiens

Étant jeunes, les chiots sont en général subordonnés à tous les autres chiens avec lesquels ils vivent ou qu'ils côtoient régulièrement, apprenant auprès d'eux la soumission et le respect. Lors de la puberté, cette obéissance spontanée à tendance à disparaître. Le chien pubertaire va vouloir s'imposer et avoir des relations d'égal à égal avec ses congénères. 

 

Que ce soit dans la nature ou chez l'éleveur canin, il va d'abord apprendre à se détacher de sa mère autour de la sixième semaine de vie, car celle-ci refuse qu’il tète : en effet, les dents du chiot lui font mal. S’il insiste, elle peut même le menacer ou le pincer légèrement. C’est ce que l'on appelle le sevrage naturel. Plus tard, vers 16 semaines, le chiot qui pouvait auparavant partager la gamelle de sa mère ou des adultes va également se voir rejeter.

 

Dans le même temps, le jeune chien va chercher à se détacher des individus (ses parents, par exemple) et s'identifier plus au groupe auquel il appartient. Ainsi, il peut se mettre à s'intéresser aux femelles adultes de son groupe social, ce qui est en général très mal accepté. À cause de cela, on note souvent une augmentation des combats en duels : le chien pubertaire cherche sa place et ne cesse d'agacer ses congénères. Habituellement, lorsqu'il rencontre un conflit, un chien pubertaire cherche à le résoudre par l'agression sociale.

 

Pour que l'animal trouve sa place et apaise les tensions au sein de son groupe social, cela peut prendre plus ou moins de temps, selon le caractère du chien et sa persévérance. Cela implique aussi que les agressions intrasexuelles (entre individus du même sexe) deviennent plus courantes lorsqu'un mâle ou une femelle entre dans sa période pubertaire. Ce sont d'ailleurs plus souvent les mâles qui sont impliqués dans ces agressions intrasexuelles, que ce soit au sein de leur groupe social ou lors de rencontres ponctuelles à l'extérieur. 

Avec les êtres humains

Lors de la puberté, un chien peut véritablement se désocialiser. Il peut en effet perdre certains aspects de la socialisation acquise en tant que chiot, et développer des peurs et des phobies qu'il n'avait pas avant. Il devient plus sensible et réactif. 

 

Plus précisément, s'il se reconnaît davantage qu'avant comme membre à part entière d'un groupe, plus précisément de sa famille (son groupe familial), il se montre en revanche nettement plus distant, voire franchement méfiant, envers tous ceux qui n'en font pas partie. 

 

Ainsi, sa peur de l'inconnu, de la nouveauté ou des nouvelles personnes augmente, et peut engendrer parfois des réactions d'agression (par défense, par distancement, par peur...). Un chiot tout à fait sociable peut ainsi, pendant sa puberté, devenir asocial ou régresser fortement, et se mettre par exemple à agresser les autres chiens ou les gens. 

 

Cette période de désocialisation durant la puberté s'étale en moyenne entre les 6 mois et les 9 mois du chien, mais peut aller jusqu'à plus de 20 mois chez certains individus. 

Comment se comporter pendant la puberté du chien ?

Bien souvent, face aux changements du chien pendant sa puberté, le propriétaire se retrouve désemparé et ne comprend pas ce qu'il se passe. Cette incompréhension bloque toute communication entre le chien et son maître, la relation se dégrade, et cela peut engendrer en plus des problèmes de comportement du chien qui ne sont pas directement liés à la puberté, mais plutôt au malaise qui s'est installé au sein du groupe famille-chien. Le comportement destructeur du chien peut ainsi faire sa réapparition (mordillements...), l'animal peut redevenir malpropre, etc. 

 

Souvent, le problème vient du fait que le chiot ne s'est pas complètement détaché de son maître. Il doit en effet apprendre à se détacher de l’humain, qu’il considère comme un congénère (un égal, un inférieur, ou un supérieur, mais un congénère). Malheureusement, la plupart du temps, les maîtres prennent le chiot pour un enfant et ont avec lui des relations de parent à enfant, qui ne correspondent pas aux critères canins et tendent à déboussoler le chien. Il est ainsi nécessaire, et ce dès l'arrivée à la maison d'un chiot, d’imposer des règles de vie en société, comme celles que reçoit le louveteau dans sa meute. Et tout comme dans les meutes de loups, les règles doivent être claires, précises et immuables, surtout lorsque le chien approche de la puberté : ce n'est pas le moment de céder du terrain et d'accorder des privilèges ! 

 

Ainsi, face à ces métamorphoses dans le comportement de leur animal, les maîtres jouent un rôle déterminant : 

 

  • Ils doivent accepter ce phénomène naturel chez leur compagnon, qui prendra une ampleur différente selon son caractère . 

 

 

  • De plus, il est possible que le chien pubertaire se revendique et se rebelle s’il est contrarié, ou simplement pour attirer l'attention. Au lieu de taper du pied ou de claquer les portes comme un jeune humain, le chiot qui devient un chien va se manifester à sa façon : il fait la sourde oreille au rappel, il mordille la laisse ou les vêtements… Ce faisant, il teste ses maîtres, afin de savoir jusqu’où il peut véritablement aller.

    La rééducation de ce comportement très gênant et qui risque de dégénérer ne doit pas avoir recours, comme certains le préconisent, à la prise en main avec brutalité et douleur pour dominer son chien à tout prix. Cela ne ferait qu'aggraver les choses, en instaurant une défiance réciproque. Au contraire, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une crise passagère. On compte trop de chiens dont les rapports amicaux avec leur maître ont été définitivement brisés en usant de cette méthode.
    L’idéal, par exemple en cas de mordillement du chiot, est de dévier son attention à l’aide d'un jouet pour chien, comme une balle de jeu. Dans les cas les plus difficiles, on peut avoir recours au pistolet à eau, qui est d’un usage commode pour pénaliser à distance.
    Si l'animal détruit sa laisse, il suffit d'opter pour une laisse en chainette. En effet, le métal est désagréable pour les dents du chien ; cette solution fera cesser le comportement qui pose problème, sans même que le maître n'ait à intervenir.

     

  • Le chien a besoin de se faire remettre à sa place par ses congénères lors des bagarres entre chiens. Le pubertaire pourra ainsi comprendre les limites à ne pas dépasser et améliorer sa maîtrise des codes canins, le langage des chiens entre eux. Même s'il peut être dur pour les maîtres de laisser faire, c'est parfois la meilleure solution pour stopper les conflits et les agressions en duel.
    Il faut tout de même surveiller attentivement les chiens pubertaires, et leur éventuel comportement agressif. En effet, certains chiens en période de puberté usent et abusent de leur autorité nouvelle envers leurs congénères, et peuvent commettre des agressions non contrôlées. 

 

  • Il est important de maintenir ou instaurer une hiérarchisation spatiale. Le chiot doit être éloigné des zones hiérarchiques sans ambiguïté. Ainsi, il ne doit pas coucher dans les chambres (voire même ne pas y être admis), et encore moins sur les lits. 
    Son lieu de couchage doit être à l'écart, et les membres de la famille doivent respecter ce lieu de repos. D'ailleurs, il est assez facile de conditionner dès le départ le chiot à se représenter un carré de tissu en tant que sa « place », en posant ledit morceau alors dans sa corbeille ou son panier pour chien. Ce carré de tissu sera bien utile en dehors du foyer (chez des amis, au restaurant, ou bien par exemple en voyage avec le chien), puisque cela permettra d'envoyer le chien « à sa place ». Il y seradétendu, car c'est un repère important, synonyme de sécurité, dans un milieu inconnu. 

 

  • Ils doivent veiller à éviter toute attache trop forte avec une personne du groupe familial (généralement une personne du sexe opposé), car le chiot risquerait de se l'accaparer et de finir par refuser l'approche des autres membres de la famille et des étrangers.

 

Pour autant, il n'y a pas de règles fixes, et il n'y a pas lieu de paniquer lorsque son chiot approche de l'âge de la puberté. En effet, chez certains individus, mâles comme femelles, la puberté n'implique pas de modification de comportement du chien, ou très peu. 

 

En outre, il faut savoir que les problèmes de désocialisation, d'apparition de peurs et de changements de comportement peuvent être indépendants de la puberté. En effet, ils peuvent être liés à un traumatisme, à une association négative, à une mauvaise rencontre, voire même à des pathologies médicales. Par exemple, la douleur peut engendrer des changements de comportement du chien, dont une plus grande sensibilité et une plus grande réactivité. Cela peut arriver en même temps que la puberté, mais ne pas y être directement lié. 

 

Dans tous les cas, il est toujours conseillé de consulter un professionnel du chien, comme un vétérinaire ou un comportementaliste canin, afin de déterminer l'origine de ces changements de comportement. 

Le mot de la fin

Même s'il n'est jamais évident de voir son chiot grandir et changer, la meilleure chose à faire est de s’armer de patience et ne pas chercher à entrer en conflit ouvert, tout en évitant les situations d’affrontement. Le maître doit se contenter de maintenir les règles concernant la place du chien dans la famille, grâce à une éducation du chien basée sur le respect, la compréhension et le renforcement positif, tout en attendant que jeunesse se passe. 

 

Les bêtises et les problèmes comportementaux du chien s'estomperont avec le temps, quand il entrera véritablement dans l'âge adulte. 

 

En l'occurrence, la période de puberté chez un chien ne dure en général qu'un à deux mois, le temps que la chimie interne du jeune animal se mette en place. Tout comme avec les adolescents, ce n'est qu'un dur moment à passer !

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Commentaires sur cet article

Un article bien rassurant : c'est plus simple et bien moins long que pour un ado humain, ouf !

   
Par CocciNim

Jai une B.A. qui a fauté avec le lab. du voisin, j'ai gardé un chiot ,des problèmes de santé ont fait que je l'ai mise sous contraception et que de ce fait elle était primipare, Dogaan a 7 mois, il réagis bien, il s'entend bien avec avec le doberman, je trouve cet artcle bien fait, j'y souscrit et des antipodes je vous remercie et vous souhaite bon courage Anne

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Par ANNE
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Auteur

Fondateur de l'Ecole du chiot et de la méthode naturelle.

Éthologue de terrain (loups sauvages).

Formateur pour les comportementalistes, éducateurs, éleveurs, etc.

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