Canada - Méfiance accrue à l’égard des aliments

09/04/2008
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Qui aurait pensé que le gluten de blé en provenance de la Chine et contaminé à la mélamine, cet ingrédient chimique généralement utilisé dans la fabrication des plastiques et des fertilisants, se retrouverait dans les grandes marques d’aliments pour animaux de compagnie?

Selon Peter Kaufman, acteur montant dans l’industrie des aliments pour animaux de compagnie, cette histoire a saisi les propriétaires d’animaux de compagnie ce printemps et a eu également d’importantes répercussions sur l’industrie de l’alimentation humaine.

« Ce qui arrive dans le secteur de l’alimentation animale est le reflet de ce qui se produit dans le secteur de l’alimentation humaine, particulièrement en ce qui concerne la provenance et la fabrication des ingrédients, et je crois que le présent cas est un exemple », explique l’homme de 37 ans, qui a démarré Apperon Inc. à Toronto il y dix ans, une entreprise dont le chiffre d’affaires est évalué à plus de un million de dollars.

« Je participais à une foire commerciale à Atlantic City lorsque le scandale a éclaté, et tous les détaillants posaient la même question : D’où proviennent vos ingrédients? »

Non pas que Peter Kaufman avait des raisons de s’inquiéter.

Il décrit ses produits comme étant des « grignotines déguisées en friandises pour animaux de compagnie ». Il n’utilise que de la surlonge et du poulet jugés de qualité alimentaire par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) et du saumon sauvage (aucun saumon d’élevage). Les friandises ne contiennent pas de céréales, pas d’agents de conservation ni d’agents de remplissage et sont lyophilisées plutôt que déshydratées pour en conserver les éléments nutritifs.

Comme vous vous en doutez, ces produits ne se vendent pas bon marché. Peter Kaufman croit que sa marque haut de gamme, Real Food Toppers (vendue 15 $US l’emballage de quatre onces), est la friandise la plus chère que vous puissiez acheter.

Le commerce des croquettes de qualité supérieure était vigoureux avant même le scandale et l’est encore davantage depuis.

« Les répercussions ont été considérables, et les distributeurs spécialisés dans les produits de qualité supérieure n’ont pas été capables de suivre le rythme », fait-il observer.

Bien entendu, nous savons tous que le prix n’a pas d’importance pour certains yuppies qui possèdent des animaux de compagnie. (Peter Kaufman admet être étonné des sommes que dépensent certaines personnes pour leurs animaux : les spas pour chiens dépassent largement la mesure.) Quelle leçon les agriculteurs peuvent donc tirer du scandale des aliments pour animaux de compagnie?

Selon Peter Kaufman, le principal élément à retenir est le fait que la contamination, qui a rendu malade des milliers d’animaux de compagnie et a entraîné la mort d’au moins 16, a changé la façon de voir le commerce mondial des ingrédients alimentaires. Qu’il s’agisse d’alimentation humaine ou animale, l’image mentale de travailleurs qui, dans une usine non réglementée située dans une province éloignée de la Chine, préparent un produit chimique de mauvaise qualité et le mélangent à un ingrédient alimentaire est puissante et profondément troublante.

« Les gens commencent à se réveiller, note Peter Kaufman. De plus en plus de personnes consultent la liste des ingrédients et posent des questions : Que sont ces ingrédients et d’où viennent-ils? Sont-ils soumis à des inspections ou à des tests? Sont-ils sécuritaires? »

« Pour les propriétaires d’animaux de compagnie, l’une des choses les plus choquantes a été de découvrir que les produits considérés comme des produits de marques haut de gamme ont été compromis dans ce scandale au même titre que les produits sans marque. Ils ne s’y attendaient tout simplement pas. »

Peter Kaufman se demande quelles seraient les conséquences si un événement similaire se produisait et que des ingrédients contaminés se retrouvaient dans des produits destinés à l’alimentation humaine.

« Je suis désolé de le dire, mais je crois que c’est inévitable; vous ne pouvez tout simplement pas vous attendre à ce que la Food and Drug Administration (FDA) ni l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) effectue des tests sur tout ce qui entre au pays », admet-il.

« Que faire alors? Eh bien, si j’étais producteur agricole, je chercherais à me positionner sur le marché des produits haut de gamme à valeur ajoutée où vous pouvez valider ce que vous avez donné à vos animaux, ce que vous avez épandu dans vos champs et répondre aux inquiétudes des consommateurs au sujet de la sécurité alimentaire. »

Peter Kaufman n’est pas en train de dire que quelques grandes craintes alimentaires dirigeront les consommateurs vers les campagnes où ils jetteront l’argent à poignées aux producteurs de bovins d’élevage naturel, aux fabricants de fromages artisanaux et aux producteurs de légumes biologiques.

Les scandales alimentaires naissent et s’évanouissent. Peter Kaufman s’attend même à ce que le scandale du gluten de blé contaminé s’efface. Il s’attend aussi à ce que lui et ses collègues fabricants de produits-créneaux demeurent de petits acteurs sur le marché nord-américain des aliments pour animaux de compagnie évalué à 18 milliards de dollars par année.

Il demeure toutefois persuadé qu’ils seront de petits acteurs prospères grâce à une clientèle croissante. La raison est fort simple : une grande partie des propriétaires d’animaux de compagnie qui se sont tournés vers des fabricants d’aliments haut de gamme ne retourneront pas vers les grandes marques. Et chaque fois qu’un scandale éclatera, davantage de consommateurs se tourneront vers nous et resteront avec nous.

« Des événements de ce genre solidifient vraiment votre bassin de clients, dit-il. Ils font réfléchir les consommateurs et leur rappellent que la qualité a un prix ».

Nous entendons énormément parler de la nécessité de concurrencer à l’échelle mondiale, mais Peter Kaufman soutient qu’il y a des limites.

« S’il s’agit d’un appareil électronique, d’un tee-shirt ou d’une laisse pour chien, je me moque de la provenance, confie Peter Kaufman. Mais dans le présent cas, on parle d’aliments qui nourrissent mon corps. »

Naturellement, ce n’est pas une raison en soi pour délaisser la culture des denrées de base et se lancer dans la production de produits-créneaux. D’un autre côté, il est de plus en plus difficile de considérer le mouvement en faveur des aliments naturels comme étant un engouement passager et absurde