Suisse - Pour adopter un molosse, il ne faut pas lâcher son os

20/02/2008
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Les obstacles sont nombreux avant de pouvoir posséder son pitbull ou son amstaff.

Aujourd'hui, pour adopter un molosse, il faut vraiment le vouloir. Il y a de quoi décourager même les mordus. Si l'initiative contre les chiens dangereux, en votation dimanche, est acceptée, douze races seront interdites à Genève. Mais il est peut-être encore temps de se procurer un pitbull ou un amstaff, les deux races emblématiques de ce débat. Car les molosses acquis avant que l'éventuelle nouvelle législation n'entre en vigueur ne sont pas menacés, ils doivent être stérilisés.

Hélas, le coût et les contraintes sont assez dissuasifs. Un chiot de race avec pedigree se négocie entre 1500 et 3000 francs. Auxquels il faudra ajouter environ 3000 francs pour la castration (ou la stérilisation) et les cours obligatoires trois fois par mois les deux premières années.

En admettant qu'on soit bien décidé à investir de son temps et de son argent, il ne reste plus qu'à trouver l'animal. Pas si facile. Il n'y a pas d'élevage agréé de pitbulls en Suisse. Ni en France, où cette race est interdite depuis 1999. Un coup d'oeil sur Internet nous convainc qu'il sera plus facile de trouver un amstaff, un proche cousin du pitbull. Cependant, les éleveurs agréés sont rares et tous localisés en Suisse alémanique ou en France. Et aucun chiot de disponible.

Eleveurs découragés
Quelques petites annonces en ligne en proposent, mais là aussi, on fait chou blanc. «Avec les lois qui se durcissent, on a arrêté d'élever des amstaffs, nous explique une Vaudoise. Regardez en France.»

Même topo. «J'aurai une portée cet été», répond un éleveur auvergnat. «C'est pour un animal de compagnie, pour la reproduction ou pour des concours?» demande-t-il d'emblée. Mais aucune question sur les motivations du requérant, son âge ou s'il a déjà eu un chien. «Il y a beaucoup de Suisses qui s'adressent à moi, mais ici aussi cela devient de plus en plus compliqué.»

Reste la Société genevoise pour la protection des animaux, qui, contrairement à son pendant vaudois, recueille des molosses. «A une époque, nous avions beaucoup de demandes, mais justement de personnes à qui on ne voulait surtout pas en donner, explique sa présidente, Frédérique Flournoy. Aujourd'hui, ces chiens restent de plus en plus longtemps chez nous. La loi a découragé ceux que l'on voulait décourager.» La SPA se réserve le droit de refuser une demande, même si elle émane de quelqu'un qui a les autorisations officielles. D'après Frédérique Flournoy, il n'y aurait plus beaucoup d'élevages clandestins. «L'étau s'est resserré, il devient plus difficile d'échapper aux contrôles. On ne passe pas inaperçu avec un molosse. Le jour où vous devez aller chez un vétérinaire, il sera obligé de le déclarer. Et si votre chien n'est pas en règle, il risque de se faire euthanasier.»

Photo : KEYSTONE | Un chien de race avec pedigree se négocie entre 1500 et 3000 francs.