Fable, quai de la Mégisserie. Novembre 2009.

02/12/2009
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Par Jean-Noël Beaupied

Quai de la Mégisserie, les aboiements répondent aux miaulements, les chicotements aux couinements. Un tel raffut ameute le badaud et pique sa curiosité.

Un couple, bras dessus-dessous, s'attarde devant le magasin. L'homme veut entrer mais la femme le retient, indisposée par l'âcreté des odeurs. Juchée sur des hauts talons, vêtue d'une cape noire qui lui bat les flancs, elle allume une cigarette et tape du pied pour marquer son impatience. Malgré l'œil revêche de sa compagne, l'homme se dégage et pénètre dans l'animalerie. Courtaud, à l'embonpoint généreux, il semble embarrassé par sa démarche et observe tendrement les locataires des différents abris. Les rongeurs, les lapins nains, les chartreux le distraient un moment puis il s'enfonce dans les profondeurs de la boutique.

En arrêt devant un braque à robe fauve, il demande à la vendeuse d'ouvrir la cage. Aussitôt, d'un mouvement vif, le chiot se redresse, s'approche et pose ses pattes sur les épaules du client. Les deux ne font plus qu'un, câlineries et léchages se confondent en une intime étreinte.

Que veux-tu faire d'une bête à la maison ? s'indigne la femme soudainement réapparue. Le mari soulève délicatement les pattes de l'animal et lui donne une dernière caresse. La vendeuse tire la vitre et referme la cage.

L'homme sort. Il a les larmes aux yeux... le chien aussi.