Élevage intensif : les usines à chiots

Élevage intensif : les usines à chiots

L’élevage intensif concerne aussi les chiens. Enfermés dans de petites cages sans soins ni nourriture suffisante, des milliers d’animaux attendent l’adoption dans ce qu’on peut sans peine appeler des « usines à chiots ». Les piteuses conditions dans lesquelles ils sont détenus ont un impact important sur leur santé et leur développement, mais, grâce à diverses stratégies, les éleveurs malintentionnés s’arrangent pour que les futurs propriétaires n’en sachent rien.


Comment fonctionnent les usines à chiots ? Quelles sont les conditions de vie des animaux qui y naissent et y grandissent ? A quels risques sont-ils exposés, ainsi que leurs futurs propriétaires ? Comment éviter d’adopter un chiot provenant de ces réseaux, et contribuer ainsi à leur existence ?

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Qu’est-ce qu’une usine à chiots ?

© JMcArthur
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Très évocatrice, l’expression « usine à chiots » fait froid dans le dos. Élevés en grand nombre dans des endroits souvent trop exigus, mal aérés, avec une nourriture généralement insuffisante tant en termes de qualité que de quantité, les individus issus de ces élevages surnommés « usines à chiots » (ou « puppy mills », c’est-à-dire « moulins à chiots », en Amérique du Nord) ne reçoivent que peu voire pas du tout de soins. Ils ne sont pas vus comme des êtres vivants et sensibles, mais plutôt comme de simples marchandises qu’il faut produire en plus grand nombre possible, le plus vite possible et au moindre coût possible, de façon à tirer le maximum de bénéfices de cette activité. Ainsi, les éleveurs à la tête de ces structures sont le plus souvent des personnes qui privilégient le profit au bien-être de leurs animaux. Leur objectif est de vendre rapidement de nombreux chiots à un prix inférieur à celui du marché, concurrençant au passage les éleveurs qui eux font du travail de qualité. Attirés par les prix attractifs et ne cherchant pas forcément à savoir ce qu’il se passe derrière, les acheteurs n’y voient souvent que du feu.

 

Selon Canis Major Publications, une maison d’édition américaine reconnue qui édite un magazine en ligne pour les propriétaires de chiens, le phénomène serait assez récent. Aux États-Unis, il aurait débuté après la Seconde Guerre mondiale, alors que certains fermiers souhaitaient diversifier leurs activités, et que dans le même temps la demande en chiens augmentait dans le pays. Ils ont donc saisi cette opportunité et se sont lancés dans l’élevage de chiots, avec toutefois trop peu de connaissances dans ce domaine. Ils débutaient souvent leur commerce avec peu de moyens et dans de mauvaises conditions matérielles, ce qui expliquait que les chiens pouvaient être enfermés dans des poulaillers ou dans des clapiers, en plus d’être mal-nourris et peu soignés. Ces éleveurs sont en quelque sorte les ancêtres des exploitants d’usines à chiots actuels.

 

Il n’existe pas de définition légale officielle pour le terme « usine à chiots », et cette expression reste au demeurant très subjective selon la conception qu’a chaque pays – voire chacun - du bien-être animal. En tout état de cause, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nombre de ces établissements disposent bien des autorisations nécessaires à l’exercice de leur activité ; ils se contentent « simplement » de ne pas respecter les normes d’hygiène, de bien-être animal et/ou d’éthique. Il convient au passage de noter que de tels élevages intensifs ne concernent pas que les chiens : on en trouve aussi spécialisés dans d’autres animaux de compagnie, comme les chats ou encore les rongeurs. Certains ne se privent pas d’ailleurs de cumuler plusieurs espèces.

 

Les exploitants des usines à chiots ne se contentent pas d’utiliser leurs propres chiens pour perpétuer leurs élevages : ils se fournissent aussi en nouveaux reproducteurs grâce au vol et au trafic d’animaux, contribuant à soutenir ces activités illégales. Il arrive en effet fréquemment qu’après de minutieux repérages, des personnes malintentionnées enlèvent des chiens laissés sans surveillance, par exemple lorsqu’ils sont attachés devant un magasin pendant que leur maître fait ses courses, ou lorsqu’ils sont laissés dans le jardin pendant que leur famille est au travail. Les voleurs décident ensuite soit de les revendre sur internet, soit de demander une rançon à leur propriétaire, soit dans le pire des cas de les fournir (directement ou via des réseaux organisés) à des élevages où ils passeront le reste de leurs jours.

 

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Confrontés au fléau des usines à chiots, les pays réglementent de manière plus ou moins stricte l’activité d’élevage de chiens pour tâcher d’éviter de telles dérives. Au fur et à mesure des années, un peu partout dans le monde, les législateurs se sont ainsi emparés d’aspects parfois très précis comme la taille des enclos, le nombre d’animaux par élevage, le nombre de races élevées, l’hygiène des lieux ou encore les documents fournis au moment de la vente. Toutefois, même si la législation devient de plus en plus contraignante sur de nombreux territoires, les contrôles sont bien souvent peu fréquents et n’empêchent pas l’existence d’usines à chiots aux quatre coins du globe. Certains pays – généralement les moins regardants – sont toutefois particulièrement concernés.

Où sont situées les usines à chiots dans le monde ?

Où sont situées les usines à chiots dans le monde ?

Les usines à chiots constituent un phénomène qui dépasse largement les frontières des Etats : en effet, un sujet issu d’une usine à chiot située dans un pays laxiste peut plus ou moins facilement se retrouver en vente dans un autre pays aux normes pourtant plus strictes.

 

En Europe, un trafic de chiots en provenance des pays de l’Est s’est développé puis accéléré à partir des années 2000. Il s’avère particulièrement lucratif, au point d’ailleurs qu’il est estimé que le trafic d’animaux est le troisième commerce illégal le plus important, derrière celui des drogues et celui des armes. Après avoir passé leurs premières semaines de vie dans des conditions désastreuses au sein de pays comme la Pologne, la Hongrie ou encore la Slovaquie, les chiots sont transportés vers l’Europe de l’Ouest (France, Belgique, Suisse…) pour être vendus en toute illégalité. Ils sont toilettés pour paraître en bonne santé, et disposent bien souvent de carnets de santé, d’attestations de vétérinaire et/ou de passeports falsifiés : cela permet notamment de dissimuler le fait qu’ils sont souvent trop jeunes par rapport à l’âge minimum pour être vendus, ou encore qu’ils n’ont pas reçu les vaccins pourtant obligatoires.

 

Selon la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP), 50.000 chiots issus de ces usines d’Europe de l’Est entreraient illégalement en France chaque année.

 

Les éleveurs canins dignes de ce nom limitent leurs saillies à une ou deux par an et par femelle reproductrice. En conséquence, la demande pour certaines races est sensiblement supérieure à l’offre. Les trafiquants ont bien compris cela, privilégiant les races les plus plébiscitées dans les pays où ils écoulent leur « marchandise » (par exemple le Berger Allemand et le Golden Retriever, qui font partie des races de chiens les plus populaires en France, au Canada et en Belgique). On retrouve un grand nombre d’annonces vendant de tels chiens sur des plateformes en ligne comme Le Bon Coin ou Ebay. Mais beaucoup sont aussi vendus directement dans les animaleries, ce qui trompe d’autant plus facilement la vigilance des acheteurs : ils croient avoir affaire à un circuit officiel et parfaitement légal, leur proposant des chiots élevés dans de bonnes conditions et présentant toutes les garanties nécessaires. Or ce n’est souvent pas le cas.

 

Aux États-Unis, pays qui a vu naître les premières usines à chiots, l’organisation de protection animale Humane Society en dénombre environ 10.000, incluant dans ce chiffre des exploitants possédant une licence mais ayant des pratiques peu vertueuses. Les animaleries sont les premiers clients de ces éleveurs souvent frauduleux, mais certains vendent aussi leurs chiens directement sur internet. Comme en Europe, il est fréquent que les animaux parcourent de longs trajets dans des conditions difficiles avant de rejoindre leur lieu de vente final. Selon les statistiques de l’organisme, 2,11 millions de chiots provenant d’élevages intensifs ont été vendus en 2015. Dans le même temps, un grand nombre de chiens de refuge sont euthanasiés chaque année, faute de foyers pour les accueillir.

 

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Le Canada n’est pas en reste, et notamment le Québec. Selon la Société pour la Protection des Animaux Canada (SPA Canada), la province compte entre 1500 et 1800 usines à chiots sur son territoire. Ces élevages subsistent principalement en raison d’une législation laxiste en matière de bien-être animal, que les associations de protection des animaux dénoncent régulièrement. L’organisme estime ainsi à 40.000 le nombre de chiots naissant chaque année dans ce type d’établissements. Il arrive d’ailleurs régulièrement que certains soient saisis à la suite d’actions « coup de poing » et pris en charge par des associations. Ils reçoivent alors des soins et des vaccins, puis sont placés à l’adoption dans des circuits officiels.

À quoi ressemble la vie d’un chien dans une usine à chiots ?

À quoi ressemble la vie d’un chien dans une usine à chiots ?

Les chiots nés dans ces « usines » sont retirés à leur mère avant même d’être sevrés, parfois au bout de seulement trois semaines de vie, pour que celle-ci se prépare à « produire » une autre portée. Ils sont ensuite enfermés dans de petites cages, seuls ou à plusieurs, et y demeurent en attendant d’être vendus, parfois sans avoir jamais eu accès à l’extérieur. En plus de ces conditions désastreuses tant pour leur bien-être physique que psychologique, les chiots sont affaiblis par le manque de nourriture (sans parler de sa piètre qualité), d’eau et de soins, car bien évidemment, l’objectif est de rentabiliser au maximum le processus en limitant drastiquement les dépenses courantes, que ce soit l’alimentation ou les traitements vétérinaires.

 

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Les petits ne sont pas les seuls à plaindre, car le sort de leur mère n’est guère plus enviable – pour ne pas dire qu’il est pire encore. Ses capacités reproductrices sont exploitées à leur maximum pour qu’elle donne naissance le plus souvent possible. Elle se retrouve ainsi pleine à chaque chaleur pendant une dizaine d’années, puis finit par mourir prématurément, le plus souvent d’épuisement.

 

© Assistance aux Animaux
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Par ailleurs, du fait de la surpopulation et des conditions d’hygiène exécrables, des maladies comme la toux du chenil ou la parvovirose canine se propagent facilement d’une cage à l’autre. La première est très contagieuse et consiste en une inflammation de l’appareil respiratoire qui provoque une toux rauque et persistante. La seconde, très commune dans les usines à chiots, se caractérise notamment par de la fièvre, des vomissements et des diarrhées hémorragiques, et aboutit bien souvent à la mort de l’animal en quelques jours. Ces décès pourraient pourtant être évités, puisqu’un vaccin contre la parvovirose canine existe et se montre très efficace.

 

Pour la grande majorité des chiots, à savoir ceux qui ne sont pas vendus sur place, une autre épreuve les attend : le transport jusqu’à leur lieu de vente. Pour être livrés à leurs nouveaux propriétaires ou aux animaleries, certains effectuent des milliers de kilomètres entassés dans des camions ou camionnettes, souvent sans accès à de l’eau ou de la nourriture. Les véhicules n’ont souvent ni climatisation, ni chauffage, ce qui explique qu’une partie des chiots ne survivent pas au trajet. Ceux qui parviennent à bon port sont alors pouponnés, toilettés, parfois même parfumés voire boostés avec des piqûres d’adrénaline pour leur donner une bonne mine et attirer les clients.

Quel impact sur la santé physique et mentale des chiens ?

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L’élevage intensif a bien évidemment des répercussions majeures sur le physique et le mental des animaux qui en sont issus, en plus d’être associé avec des problèmes génétiques qui les rendent plus vulnérables aux maladies. En effet, la reproduction est loin d’être faite aussi rigoureusement que dans les élevages sérieux : les reproducteurs atteints de pathologies génétiques ne sont pas nécessairement exclus, et on observe également de nombreux cas de consanguinité.

 

© Assistance aux Animaux
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Des vétérinaires et une association de protection animale américains se sont penchés sur le sujet en 2011 et ont effectué une étude dont les résultats ont été synthétisés au sein d’un article intitulé « Mental health of dogs formerly used as ‘breeding stock’ in commercial breeding establishments », paru dans la revue spécialisée Applied Animal Behaviour Science. En comparant des chiens issus d’élevages intensifs et d’autres adoptés via des circuits différents, ils ont constaté que les troubles du comportement étaient plus présents chez les premiers.

 

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La peur est ce qui différencie tout particulièrement les deux groupes d’animaux étudiés. De fait, le stress ressenti par les premiers tout au long de leur enfermement dans un petit espace les a généralement marqués à vie. Ce traumatisme initial s’additionne à leur mauvaise socialisation, c’est-à-dire la privation d’interactions nombreuses et positives avec toutes sortes d’humains, de congénères et d’autres animaux, pour faire qu’ils éprouvent une peur démesurée lors de l’introduction dans un nouvel environnement ou une nouvelle famille.

 

Au-delà de leur faible capacité à gérer des situations inconnues une fois adultes, l’étude souligne aussi le fait que les individus issus de tels élevages une plus faible capacité d’apprentissage, d’excitabilité ou d’énergie que les autres.

 

Par ailleurs, des scientifiques ont également prouvé que le développement prénatal de l’animal joue un grand rôle dans son comportement tout au long de sa vie. En effet, si les géniteurs sont eux-mêmes issus d’un élevage intensif, des répercussions sont inévitables sur la santé et le comportement de leurs petits : elles se caractérisent notamment par un dysfonctionnement neuro-hormonal, de la sensibilité, de la peur, une émotivité augmentée, une exagération des réponses au stress, des difficultés d’apprentissage et une propension accrue aux troubles psychopathologiques. Autrement dit, la mère, qui elle-même présente des troubles du comportement du fait de ses conditions de vie, a toutes les chances de les transmettre à ses petits.

Pourquoi il ne faut pas acheter un chiot issu d’un élevage intensif ?

Pourquoi il ne faut pas acheter un chiot issu d’un élevage intensif ?

Même s’ils n’en ont pas forcément l’air lorsqu’on les observe quelques minutes avant de les acquérir, les chiots issus de l’élevage intensif connaissent généralement des problèmes de santé et de comportement parfois graves, en raison des conditions désastreuses dans lesquelles ils ont été conçus, élevés puis transportés.

 

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Cela signifie que la personne qui pense faire une bonne affaire en achetant un chiot de race à prix réduit a en réalité toutes les chances d’avoir quelques mauvaises surprises dès les semaines qui suivent l’adoption, et potentiellement tout au long de sa vie avec son compagnon : problèmes de comportement (en particulier, une peur et/ou agressivité excessive), maladies graves qui apparaissent à plus ou moins brèves échéances, dépenses vétérinaires importantes pour rattraper tous les soins qui n’ont pas été effectués pendant les premiers mois, etc. Sans oublier, dans les cas les plus extrêmes, les décès prématurés de chiots trop jeunes, malades et traumatisés.

 

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Enfin, d’un point de vue éthique, acheter un chiot issu d’un élevage intensif revient à financer (et donc non seulement cautionner, mais même soutenir) l’ensemble des parties prenantes de ce système qui vise à « produire » des animaux au plus bas prix possible, au mépris total de leur santé et de leur bien-être, quitte d’ailleurs à en sacrifier beaucoup en chemin. De fait, si les usines à chiots continuent de prospérer dans le monde, c’est parce qu’en bout de chaîne il se trouve toujours des acheteurs, généralement bien intentionnés mais souvent mal informés.

Comment éviter d’acheter un chiot issu d’un élevage intensif ?

Comment éviter d’acheter un chiot issu d’un élevage intensif ?

De nombreux adoptants acquièrent des animaux issus d’usines à chiots sans même s’en rendre compte. C’est normal, puisque tout est mis en œuvre pour tromper leur vigilance. Pourtant, en étant attentif à certains détails, il est possible de les repérer et les éviter. En effet, acheter un chiot provenant d’un tel élevage ne ferait qu’encourager ces mauvaises pratiques, en plus de risquer d’avoir un animal à la santé fragile et présentant des troubles du comportement.

 

Tout d’abord, les prix demandés pour des chiots issus d‘élevages intensifs sont généralement sensiblement plus bas que ceux fixés par les éleveurs sérieux, dans le but d’attirer plus facilement des clients. De fait, les exploitants des usines à chiots peuvent se permettre des prix plus bas que la moyenne, puisqu’ils « produisent » à très bas coût, ce qui n’est pas le cas des éleveurs honnêtes. Les vendeurs malintentionnés proposent même souvent aux futurs propriétaires une livraison gratuite du chiot à domicile : cela évite qu’ils voient le chenil en mauvais état et réalisent de qu’il en est.

Pour ne pas soutenir à son insu l’activité des usines à chiots et tout ce qui gravite autour, mieux vaut se tourner vers des circuits officiels. Au-delà du cas des éleveurs sérieux et dignes de confiance, dont les prix pratiqués sont souvent plus élevés, il est tout à fait possible d’adopter un chien dans un refuge à des prix très raisonnables, y compris des individus de race.

 

Se rendre sur place et se faire un avis par ses propres yeux fait donc partie des meilleurs moyens de choisir un éleveur canin sérieux. Il ne faut pas se priver de demander à visiter le chenil et rencontrer la mère : elle ne doit pas être séparée de ses petits, et ces derniers doivent paraître heureux et en bonne santé. De plus, il est impératif que les enclos soient propres et suffisamment vastes, mais aussi que les animaux aient la possibilité d’en sortir à l’occasion, afin de satisfaire leur besoin d’exercice. Selon le climat local, il faut aussi vérifier la présence de climatisation et/ou de chauffage, pour que les températures restent agréables tout au long de l’année.

 

Par ailleurs, le vendeur doit être en mesure de présenter le carnet de santé de la mère et du chiot - celui de ce dernier doit d’ailleurs être remis lors de la transaction. La génitrice doit notamment avoir été vermifugée et traitée contre les puces pendant sa gestation. En outre, afin de minimiser le risque de maladies héréditaires, les éleveurs sérieux ont de plus en plus souvent recours aux tests génétiques sur les chiens qu’ils envisagent de faire se reproduire, afin d’exclure les individus porteurs des gènes problématiques. De tels tests peuvent également être effectués sur les chiots : ils permettent là aussi de détecter la présence éventuelle de maladies héréditaires ou congénitales (plus de 600 maladies génétiques sont répertoriées chez les chiens de race), mais également de confirmer leur filiation. A chaque fois, les résultats des tests sont donnés par le laboratoire à l’éleveur, qui peut ainsi les présenter aux adoptants potentiels.

 

Un vendeur qui n’est pas en mesure de fournir ces différents documents est plus que suspect. Pour autant, ils ne constituent pas non plus une preuve suffisante, car nombreuses sont les usines à chiots et vendeurs peu scrupuleux qui ont recours à des faux certificats pour faire croire que tout est en règle. Mieux vaut donc également tenter de se faire un avis par soi-même sur l’état de santé du chiot : s’il vient d’un élevage intensif, il a des chances d’avoir l’air mal soigné, non sociabilisé et faible, quoi qu’en dise son carnet de santé.

 

Par ailleurs, un vendeur peu scrupuleux ne pose pas de questions sur la situation de l’acheteur : savoir dans quelles conditions le chien va poursuivre le reste de sa vie ne l’intéresse pas, puisqu’il ne se préoccupe guère de son bien-être.

 

© 30 Millions d'Amis
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Le fait qu’un éleveur propose des chiots de nombreuses races est également mauvais signe. En effet, dans la grande majorité des cas, un éleveur sérieux est avant tout un passionné de « sa » race, et privilégie donc seulement une race ou deux. D’ailleurs, il est souvent membre du club de race ; ce dernier lui accorde ainsi une certaine reconnaissance, dont ne peut se prévaloir un élevage intensif.

 

© Assistance aux Animaux
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Pour ne pas se faire repérer et obtenir la confiance des futurs propriétaires, les exploitants des usines à chiots adoptent parfois d’autres stratégies plus difficilement décelables. Par exemple, avant de présenter un animal, ils peuvent lui injecter de l’adrénaline pour qu’il paraisse plus vif. Il faut aussi de méfier de l'appellation « élevage familial », d’autant que n’importe qui peut l’employer ; certains vont même jusqu’à recruter des familles qui servent en quelque sorte de figurants, puisqu’elles doivent garder les chiots en attendant qu’ils soient vendus. Le but est là aussi de donner une bonne impression aux adoptants potentiels, mais une personne vigilante ne manque pas de remarquer que les parents ne sont pas présents.

 

Les animaleries, quant à elles, lavent et parfument les chiots à leur arrivée, après parfois de longues heures de transport en camion. Souvent, ceux qui arrivent vraiment malades ne sont pas soignés, dès lors qu’il est estimé que cela coûterait trop cher et qu’il vaut mieux les laisser mourir. Quand à leurs conditions de vie en animalerie, elles ne sont pas forcément un grand cran au-dessus de ce qu’ils ont connu dans leur élevage d’origine. Considérés comme des marchandises, ils sont généralement enfermés derrière des vitrines dans de petites cages, avec des contacts humains généralement des plus limités.

Qui contacter si on soupçonne une usine à chiots ?

Qui contacter si on soupçonne une usine à chiots ?

Si on se rend compte en allant sur place que l’élevage dans lequel on souhaitait acheter un chiot est insalubre ou ressemble fort à une usine à chiots, mieux vaut renoncer à la transaction, puisque le chiot aura probablement des problèmes de santé et/ou de comportement. De plus, conclure la vente malgré tout ne ferait qu’encourager l’éleveur à poursuivre ses pratiques.

En revanche, il est utile de se tourner vers une association ou un organisme officiel pour signaler l’établissement.

 

En France, si l’on soupçonne une annonce d’être mensongère ou un éleveur de fournir des documents falsifiés, il faut le signaler à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), en charge de traquer les publicités trompeuses ou mensongères. En cas de soupçons de mauvais traitements, il convient de contacter le Service Vétérinaire Santé et protection Animale (SV- SPA) de la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) locale.

 

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En Belgique, plusieurs recours existent : remplir le formulaire sur le site du Service public de Wallonie consacré au bien-être animal dans la région, celui du département de bien-être animal de Bruxelles Environnement ou encore celui de Flandre. On peut aussi déposer une plainte auprès de la police et/ou contacter un refuge local qui pourra envoyer l’un de ses délégués sur place, même s’il n’est pas compétent pour saisir un animal ni dresser un procès-verbal.

 

Du côté de la Suisse francophone, la Protection Suisse des Animaux (PSA), présente dans la quasi-totalité des cantons suisses, s’occupe de recueillir les plaintes via ce formulaire. Il peut exister aussi des services locaux, à l’instar par exemple du service de la consommation et des affaires vétérinaires du canton de Genève.

 

Au Québec, le site du Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) met à disposition des citoyens un formulaire afin de déposer une plainte en cas de suspicion de mauvais traitements sur des animaux. Il est aussi possible de contacter une Société pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux (SPCA) ou un corps policier local.

 

Quel que soit le pays ou territoire, les associations de protection animale épaulent aussi les personnes qui soupçonnent ou qui ont été témoins de mauvais traitements sur des animaux.

L’action des associations de protection animale contre les élevages-usines

© 30 Millions d'Amis
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Les organisations de protection animale sont les premières sur le front lorsqu’il s’agit de dénoncer les mauvaises pratiques des éleveurs. Celles qui ont une dimension nationale ont souvent des délégués locaux qui peuvent éventuellement se rendre sur place, à condition d’obtenir l’autorisation de l’occupant des lieux. En justice, elles peuvent se constituer partie civile et/ou éventuellement prendre en charge les animaux victimes de maltraitance, avant de les placer à l’adoption.

 

En France, la Fondation 30 Millions d’Amis a filmé plusieurs de ses démantèlements d’usines à chiots. Images chocs, chiffres alarmants et témoignages glaçants sont publiés sur le site de la fondation pour attirer l’attention de l’opinion publique et sensibiliser les acheteurs.

 

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Traquer les mauvais éleveurs, constituer des dossiers, les transmettre aux autorités et peser pour que des suites soient données, telles sont quelques-unes des missions qu’effectue l’association française Protection et Action pour les Chiens (PAC). En parallèle, elle prône des élevages canins plus petits, la systématisation des tests ADN pour confirmer l’identité des géniteurs ainsi que l’allocation de moyens supplémentaires pour effectuer plus de contrôles dans les élevages.

 

En Belgique, l’association Groupe d'Action dans l'Intérêt des Animaux (GAIA) met en garde contre le trafic de chiots, qui sévit particulièrement en Wallonie. Après s’être réjouie de la loi sur le bien-être animal entrée en vigueur dans la région en 2019, elle va plus loin et demande la fin des animaleries, qui continuent d’importer des chiots provenant d’élevages-usines en Europe de l’Est.

 

En Suisse, la Protection Suisse des Animaux (PSA) alerte régulièrement sur le problème de l’importation illégale de chiens dans le pays, notamment en publiant sur son site web différentes études sur le sujet. En parallèle existe également l’association Quatre Pattes, fondée en 2000, qui s’est rapidement développée et a des bureaux dans plusieurs pays européens. Elle défend les droits des animaux via des activités de lobbying et de communication. Ses enquêtes sur le commerce illégal de chiots l’ont mené à formuler deux demandes principales : la mise en place d'un contrôle d'identité pour les vendeurs d'animaux, et l'introduction de directives sur le bien-être animal applicables au secteur du commerce des animaux.

 

Au Québec, les associations de défense des animaux parviennent depuis le début du 21ème siècle à bien faire entendre leur indignation dans les médias. Parmi elles, les SPCA ou la SPA de Québec sont très actives dans la lutte contre les usines à chiots. Elles appuient les agents du MAPAQ lors des inspections des chenils, et le ministère a utilisé leurs données pour élaborer en 2015 la loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal.

Que faire si j’ai adopté mon chien dans une usine à chiots ?

Que faire si j’ai adopté mon chien dans une usine à chiots ?

L’apparition précoce de problèmes de santé ou de comportement peut faire prendre conscience à certains propriétaires que leur animal est né dans une usine à chiots, ou qu’en tout cas il n’a pas du tout reçu les vaccins, soins et éducation prévus.

 

Quoi qu’il advienne, il faut garder en tête qu’un chien ne se comporte jamais mal intentionnellement : s’il le fait, c’est simplement qu’il n’a pas encore appris à bien se conduire. Par conséquent, éduquer un chiot issu de l’élevage intensif exige avant tout beaucoup de patience et de compréhension. En outre, le maître doit être bien conscient du fait que malgré tous ses efforts et sa bonne volonté, il ne lui sera peut-être pas possible de tout rattraper, tant les premières semaines et premiers mois d’un chiot sont déterminants pour le reste de sa vie.

 

Dans certains cas, la présence d’un congénère peut être d’une grande aide, a fortiori s’il est plus âgé et parvient à inspirer confiance au petit : l’apprentissage par imitation du chien peut faire des miracles, même s’il ne saurait se substituer au travail effectué en parallèle par le maître. En tout état de cause, plus le chiot grandit, moins cet apprentissage a des chances d’être efficace.

 

Quoi qu’il en soit, si la situation est trop délicate parce que l’animal présente un grand nombre de troubles du comportement, un comportementaliste canin professionnel peut aider et orienter les propriétaires.

 

Au-delà des aspects psychologiques et comportementaux, un individu provenant d’une usine à chiots a aussi beaucoup plus de chances de développer des maladies. Comme ni lui ni sa mère n’ont reçu une alimentation adaptée, qu’on ne lui a pas administré tous les vaccins ni vermifuges nécessaires pendant ses premières semaines de vie, et qu’il est issu d’un travail d’élevage absolument pas rigoureux qui le prédispose à des maladies génétiques, il faut s’attendre à voir apparaître rapidement des problèmes de santé parfois graves. Quand bien même il a été vendu avec une attestation établie par un vétérinaire supposée attester qu’il est en bonne santé, il y a de grandes chances que ce soit un faux. Il n’y a donc pas d’autre choix que de tout remettre à plat, à travers un bilan complet chez un vétérinaire afin de connaître son état exact, lui administrer les traitements éventuels qui feraient défaut (vaccins, vermifuges, etc.) et d’anticiper d’éventuels problèmes futurs.

 

Veiller au bon développement d’un chiot au triste passé n’est pas forcément facile tous les jours, mais peut être une expérience enrichissante pour le propriétaire, a fortiori si l’intéressé ne manque pas de lui témoigner sa reconnaissance. Même si ce n’est pas le cas, il a tout lieu d’être heureux et fier de ce qu’il réalise, s’il parvient effectivement à surmonter cette épreuve.

Le mot de la fin

Face à des opinions publiques de plus en plus sensibilisées aux questions de bien-être animal, les gouvernements semblent durcir leurs lois en la matière, et de nombreuses initiatives législatives sont prises un peu partout dans le monde. Malgré cela, les usines à chiots continuent d’exister et de tourner à plein régime, que ce soit en approvisionnant les animaleries ou en exploitant d’autres canaux offerts notamment par la généralisation d’Internet. Par manque de moyens de contrôle sur le terrain, ils sont souvent en mesure de violer la législation en toute impunité - quand ils ne parviennent pas à purement et simplement la contourner.

 

Toutefois, les animaleries - qui constituent pour eux un important canal de distribution – sont de plus en plus montrées du doigt et dans la tourmente. Par exemple, en 2019, la Californie (Etats-Unis) a pris la décision d’obliger ces magasins à ne vendre que des animaux provenant de refuges. La Grande-Bretagne a quant à elle pris un tournant encore plus radical en 2020, interdisant purement et simplement la vente de chiens en animalerie. La décision a été prise notamment grâce à Lucy, une chienne rescapée d’une usine à chiots dont l’histoire avait ému tout le pays. Un exemple à suivre ?

Dernière modification : 07/03/2020.
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