Le vieil homme et ses chiens

25/10/2009
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Pays Basque - ESCOURCE. Jean Esquirol élève et dresse des chiens d'arrêt. Il prendra sa retraite à la fin de cette année

Best a marqué l'arrêt sur un faisan. Le deuxième setter gordon est venu au patron. Jean Esquirol apprécie. (Photo Loïc Déquier)

Le silence de la Lande est seulement rompu par le craquement des aiguilles de pin sous les pas, lents mais toujours assurés, de Jean Esquirol. Il s'avance en silence au milieu d'un paysage dévasté par le passage de la tempête Klaus, l'hiver dernier. Indifférente aux arbres couchés les uns sur les autres tel un mikado géant, la chienne Best galope, truffe au vent, à la recherche de subtils effluves de gibiers.

Un ultime entraînement pour ce setter gordon et son dresseur avant les concours de Field Trial d'Escource et d'Herm (1). Jean y fêtera sa 33e participation, après un premier Cacit (Certificat d'aptitude international au chien de travail) obtenu en 1977 sous la trompette de M. Dages, juge réputé dans le milieu des chiens d'arrêt. Le premier des nombreux titres de ce septuagénaire à la demeure ornée de dizaines de coupes et autres diplômes. « Si je devais en choisir un, je prendrais les deux titres de champion du monde par équipe, à Herm, en 1993 et 2001. »

Héritage maternel

Si le cheveu a blanchi et la barbe s'est allongée, la raison de toute une vie demeure. « C'est ma mère qui m'a donné la passion de la chasse et des chiens. Elle braconnait dans les bois du Lot-et-Garonne surtout... Mais maintenant qu'elle a 103 ans, il y a prescription. »

Homme de peu de mots, ce dresseur et éleveur de chiens d'arrêt n'aime pas causer de lui. « Cela n'intéressera personne. » Tout juste apprendra-t-on que Jean fut tout d'abord tailleur, comme son père, après avoir quitté l'école très jeune. « Le monde dans lequel je vivais était peut-être trop sophistiqué par rapport à celui des chiens. » Et de fil en aiguille, il a fait de sa passion son métier, à partir de 1975. « J'ai commencé avec des griffons korthals puis j'ai observé et écouté pour apprendre. » Des secrets bien gardés pour lesquels il parle de « communion » et de « feeling » avec ses animaux.

Une activité quotidienne depuis le début des années 80 et un ancrage au Domaine de Balthazar, à Castets, où il porte également la casquette de garde-chasse privée. « J'y suis tous les jours, sauf le jour du Seigneur où je vais en ville parler un peu. Sinon, je ne ferais qu'aboyer. » Chaque matin, il part dans la forêt entraîner ses bêtes. Des setters - anglais ou gordon -, des épagneuls bretons et des pointers. Un don, même s'il le refuse et plaide pour « les qualités de chasse innées chez le chien ».

Répétitions et patience

Du dressage à la chasse, des semaines de travail, à base de répétitions et de patience. « Comme les tables de multiplication. » Jean Esquirol détaille. « Pour dresser un chien, il faut avant tout lui inculquer l'obéissance. C'est seulement après que l'on peut le préparer pour la chasse. » Soit, l'orienter pour une bonne quête du gibier, en serpentant et dégustant le vent chargé d'odeurs, lui apprendre l'arrêt parfait, la sagesse à l'envol de l'oiseau, le flegme à la détonation... Dans les canons de sa race. « La compétition tient compte des allures et des aptitudes inhérentes à chaque race. »

Ainsi Édouard, un setter anglais qui a fait le bonheur de Jean Esquirol voilà quelques années. Rien moins que 27 victoires en CACT, l'animal le plus titré de la carrière de son conducteur. Son meilleur souvenir aussi, dans le col de l'Aubisque, lors d'un concours sur gibier sauvage. « Après un parcours brillant, il s'est mis à l'arrêt très loin devant nous, sur un flanc de montagne. J'avais deux juges derrière moi. L'un d'eux s'est mis à me taper sur l'épaule de joie tandis que le second criait "Cacit, Cacit". »

Mais à la fin de cette saison, Jean tirera son dernier coup de sifflet. À 73 ans, le vieil homme a décidé d'arrêter : « Mes 25 chiens sont quand même une contrainte. Je ne peux jamais les abandonner. J'ai une pointe de lassitude, j'aimerais voyager un peu. Et puis en vieillissant, je crois que je deviens de moins en moins chasseur. » Le monde des concours a également déçu le doyen de la profession, avec « des dresseurs qui ne respectent plus rien et ne pensent plus qu'au business ». Pourtant, dès le printemps prochain, il s'en ira en montagne pour de nouvelles compétitions... « Tant que mes jambes me le permettent. »

(1) Le Field Trial d'Escource et Herm, organisé par Jean-Guy Ducom et la Société canine des Landes, a débuté vendredi et se poursuit jusqu'au lundi 2 novembre. Tél. 06 27 29 47 65.

Auteur : Benjamin Ferret
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