Sénégal - DOSSIER : LE SÉNÉGALAIS ET LES ANIMAUX DOMESTIQUES

17/02/2008
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Un compagnonnage haut en … superstitions

Article Par NDEYE FATOU SECK ET MARIA DOMINICA THIAM,

Caquètement de poules, bêlement de moutons, aboiement de chiens, ou encore miaulement de chats. Cela fait assurément penser à des animaux. Ne vous y trompez pas. Vous n’êtes pas dans une ferme en campagne. Mais bien en ville. Au Sénégal, élever des animaux chez soi, relève de l’ordinaire. On ne peut se balader dans un quartier sans entendre un bêlement ou un aboiement. Certains élèvent des animaux pour qu’ils leur tiennent compagnie (chats ou chiens), d’autres le font à des fins de commerce (élevage de poulets), ou certains, plus nombreux, par souci d’alimentation (poulets, moutons ou porcs). Domestiquer un chien ou un chat? Pas pour nous Africains, pourrait-on répondre. Ou encore, une culture typiquement européenne. Mais avec la libéralisation à outrance ou par simple imitation, domestiquer un chien ou un chat est «dans l’air du temps» et est devenu une chose courante qui ne fait plus tiquer.
Si en Occident, prendre un animal et le domestiquer, c’est lui apporter tous les soins d’un bon père de famille, c’est-à-dire, s’engager pendant une bonne dizaine d’années, à le protéger, le soigner, l’aimer, tel n’est pas encore effectivement le cas en Afrique. En particulier au Sénégal. Traditionnellement, les animaux domestiques ont toujours entretenu avec l’homme, des relations utilitaires disproportionnées. Ainsi, l’on a habitude d’élever un animal domestique à la maison, en vue de s’en servir, à l’occasion, comme base de nourriture. L’élevage de la race ovine ou porcine en est une illustration parfaite. «Il est vrai que j’ai aménagé un enclos à la maison pour des moutons que j’élève, explique Abdoul Ndiaye, mais, comme j’habite une grande maison avec mes frères, on le fait surtout en vue de la Tabaski». En effet, dans la demeure de M. Ndiaye, l’odeur de la pisse de moutons vous titille les narines dès que vous pénétrez dans l’arrière-cour. La trentaine, ce fringant bonhomme, cadre dans une grande banque de la place, confie élever des moutons chez lui pour des «raisons économiques».

Un but lucratif indéniable

«Après chaque fête de Tabaski, quand les prix des moutons baissent, nous en profitons pour acheter des ovins que nous engraissons en vue de la prochaine Tabaski. Et une fois la date arrivée, nous sommes peinards. Nous ne nous cassons pas la tête pour trouver un mouton. Ce qui est largement à notre avantage, car nous pouvons utiliser l’argent du mouton à d’autres fins, comme l’habillement de madame et des enfants», explique-t-il. En caressant l’encolure d’un mouton. Si certains, comme M. Ndiaye, élèvent des moutons pour parer aux tracas de la Tabaski, Mme Mbaye, elle, s’y adonne «juste dans un but lucratif». Institutrice à la retraite, elle s’est convertie à l’élevage de poulets, dans l’unique dessein d’avoir une source de revenu. En effet, Mme Mbaye fait, à l’occasion de chaque fête, «si le temps le lui permet, des opérations-poulets». «J’ai installé un poulailler à l’étage de ma maison. Elle est exclusivement réservée à l’élevage de poulets et la conservation d’œufs», lâche-t-elle dans un sourire en demi-lune. Avec une clientèle bien fidèle, constituée de ses voisins de quartier, Mme Mbaye fournit en plus les restaurants. Pour les porcs, itou. M. Gomis en élève pour son usage personnel, mais aussi pour son commerce. Ainsi donc, l’élevage domestique peut revêtir plusieurs facettes.

Montée en puissance de l’espèce canine

Même si de nos jours, il présente un nouveau visage avec l’entrée en scène des chats et des chiens. On note un nouvel intérêt porté sur l’espèce canine importée de l’étranger chez les classes montantes qui se sont surtout frottées aux civilisations occidentales. Cet intérêt nouveau pour ces chiens peut donc se comprendre par le mimétisme culturel, mais il s’expliquerait davantage par le phénomène d’insécurité et de terreur qui se développe crescendo dans les milieux urbains, surtout à Dakar. De fait, les familles aisées trouvent, désormais, la nécessité de s’assurer de la présence à leurs côtés de chiens de garde, spécialement entraînés, pour le service de protection du maître et de ses biens. Ainsi, on domestique le chien pour assurer le gardiennage de sa maison, surtout dans les quartiers résidentiels. Vigile au quartier résidentiel de Fann, Omar témoigne sans ambages : «Ici, les chiens sont souvent utilisés comme gardiens et on les dresse pour cela. Dès qu’un individu jugé suspect se présente, il aboie et commence à pousser des grognements». Il en veut, pour preuve, le berger allemand allongé à ses côtés, la tête basse et la langue pendante. Pour les familles pauvres, le recours à la race locale devient une alternative incontournable pour un minimum de sécurité.

CHIOTS ET MINOUS DE SALON : Tendance ou mimétisme ?

Ouafff, ouafff ! Miaou, miaou ! Ces jappements et miaulements sont très familiers dans notre entourage immédiat. Dans la rue, ou encore en dehors de nos demeures, ça passe. Transposé dans notre intérieur, cela donne autre chose. Même si quelquefois, il n’est pas rare de voir les enfants de la maison nourrir et protéger un chat qui traîne avec les récifs du repas. Mais ce dernier dépasse rarement le cadre de la cour.

Les «chiots et les minous de salon» investissent nos chaumières et font, de nos jours, partie intégrante de notre cadre de vie. À l’instar des occidentaux, qui ne peuvent imaginer leur maison sans animaux domestiques, un chien ou un chat, les Sénégalais sont en phase de s’approprier cette culture. Les chiots et les minous s’invitent maintenant au décor de la maison. Comme gardien ou tout simplement en tant qu’animal de compagnie. Ainsi, pour l’exemple du chien, nous pouvons dire que traditionnellement, c’est pour assurer le service d’aide à la chasse, le service de garde du patrimoine en général (troupeaux, champs, greniers etc.) et ou de la maison, le chat ou minou est domestiqué en général pour servir d’apparat ou d’animal de compagnie. Une nouvelle tendance directement importée de l’Occident. Installée en France depuis près d’une dizaine d’années et récemment rentrée au bercail, Atta, mariée à un occidental, n’échappe pas à cette nouvelle mode. «J’ai longtemps évolué en France où j’ai vécu avec mon mari Sébastien pendant près de dix ans. Nous avions une chatte à la maison prénommée «Minette», j’étais très attachée à elle. C’est pourquoi quand on a décidé de revenir définitivement au Sénégal, je l’ai apportée avec moi. C’est comme une compagne pour moi, je la bichonne et je suis aux petits soins pour elle. Et il arrive même qu’elle partage mon lit. Mon mari, lui, le considère comme son enfant», glousse-t-elle dans des poses très maniérées.

Des «jouets» hors de portée des goorgoorlu

D’autres, par contre, domestiquent le chien pour en faire un animal de compagnie, un «chien de salon» ou «toy (jouet)», pour faire plus simple. Souvent de très petite stature, ces canidés pèsent peu et sont souvent transportés dans les bras de leur propriétaire. Ils sont aussi appelés «chiens de manche». Les étrangers (occidentaux) établis au Sénégal sont les plus nombreux et les plus habiles à assurer la cohabitation avec le chien, qui trouve chez eux une importance affective. Il faut noter qu’il s’agit d’une espèce importée de l’étranger et qui jouit d’une protection totale de la part de leurs maîtres, qui disposent d’assez de moyens pour les entretenir décemment. Ainsi, beaucoup de vétérinaires et vendeurs spécialisés pour nourriture de chiens que nous avons interrogés, s’accordent pour dire que ceux qui sollicitent le plus leurs soins sont les occidentaux vivants au Sénégal. Ce constat pourrait également s’expliquer par la situation de pauvreté, de conjoncture difficile, qui se fait sentir jusque dans les foyers. Il est évident qu’un père de famille qui arrive à peine à assurer une alimentation saine, ainsi que des soins de santé primaires à ses propres enfants, ne pourra jamais sacrifier à une telle préoccupation, qui passe forcément pour être un luxe insolent aux yeux de la communauté. Il s’y ajoute que ces chiens importés coûtent excessivement cher, compte tenu du faible pouvoir d’achat au Sénégal. Leurs prix varient entre 80.000 Fcfa (800FF) à 250.000 Fcfa (2.500FF) !

Les chiens locaux abandonnés à leur triste sort

Le chien a toujours été réputé être un fidèle compagnon de l’homme. En revanche, du point de vue du traitement qui lui est réservé, l’espèce canine ne saurait s’estimer heureuse. Pas de gîte spécialement aménagé pour abriter son temps de repos, ni de nourriture saine et suffisante, propre à lui assurer une bonne alimentation, encore moins de soins de santé quelconques. Le chien est juste une bête de service, qui se nourrit des restes de la famille et dont on se débarrasse quand il ne sert plus à rien, c’est-à-dire quand il devient vieux ou malade. Cette conception traditionnelle de la vie du chien dans la cité, persiste encore dans notre époque moderne, du moins en ce qui concerne la race locale (chien bâtard).

Celle-ci, à quelques exceptions près, reste le parent pauvre, errant, porteur de maladies que le service d’hygiène essaye de juguler par une vaccination massive périodique, ou alors par une campagne d’éradication en cas de menace sur les populations.

Cette race locale dont on ne peut pas déterminer le nombre exact, est délaissée et n’entre pas dans le lot des chiens choisis pour subir des séances de dressage ou d’éducation. Il est également établi que cette race locale a un problème d’origine. Elle est de la famille du chacal auquel on attribue un caractère trop libertin. Cependant, malgré ses multiples manquements, ces chiens ont l’avantage de bien résister aux divers aléas d’un environnement très hostile.

De l’utilité traditionnelle des animaux domestiques

Les usages qui sont faits des animaux domestiques par l’Homme sont très nombreux, et cela depuis les temps anciens. On peut ainsi en énumérer les principaux :

- En alimentation humaine. Chaque viande a ses spécificités diététiques bien connues des initiés (viande de pintade, viande de bœuf...). Mieux, sur un même animal, les parties anatomiques du corps auraient chacune des propriétés particulières. Exemple, pour la volaille : la tête, les cuisses, les ailes, etc). De même, certains membres d’une famille ne sont pas autorisés à consommer tel ou tel organe. Exemple : les femmes et les œufs de volaille...)

- En thérapie de maladies spécifiques, certains organes ou produits biologiques d’animaux sont utilisés pour des traitements particuliers : les urines de vache comme antiseptique, la poudre d’os, le pancréas de bovins. - Dans les rites et coutumes : c’est là l’un des objets les plus connus de l’utilisation traditionnelle ou commune des animaux par les sacrifices animistes de poulets de toutes couleurs, de taureaux noirs ou rouges, de boucs noirs. Le sacrifice du bélier de Tabaski est bien connu depuis longtemps. Les mariages et les naissances sont célébrés, dans la plupart des groupes ethniques, avec des animaux abattus. De même que les funérailles. - Les animaux comme symboles de prestige social. Dans les sociétés traditionnelles, la possession d’un grand nombre d’animaux (surtout les bovins, les ovins et les dromadaires) est le signe du haut rang qu’occupe le propriétaire au sein de la communauté. Bien que la tendance soit au changement, c’est encore une philosophie qui continue de faire de nombreux adeptes, tant en campagne qu’en milieu urbain et périurbain.

- Les animaux comme épargnes vivantes, ou investissements économiques. Cette fonction est celle qui paraît la plus évidente de nos jours. Il faut dire que l’élevage des animaux domestiques est à l’heure actuelle l’une des alternatives crédibles de la lutte contre la pauvreté des populations. Bien entretenu, il peut être source de richesses importantes, quelle que soit l’espèce considérée. De plus, ne perdons pas de vue que depuis toujours, la fonction d’épargne vivante a été une des principales forme d’accumulation de biens économiques en milieu rural où la bancarisation n’était pas encore d’actualité.

CROYANCES ENTOURANT L’ÉLEVAGE DES ANIMAUX DOMESTIQUES : Des niaiseries à dépasser ?

Élever un chien à la maison permet de déjouer les éventuels assauts d’un anthropophage, un mouton est source de chance. Un chat porte malheur et un pigeon fait envoler toutes les économies de son propriétaire. Autant de superstitions qu’on a l’habitude d’entendre. Certains y croient. D’autres, plus sceptiques, y voient juste des niaiseries, des croyances ancestrales qu’il faut savoir dépasser.

Le terme «superstition» désigne la croyance que certains actes ont toujours une conséquence positive ou négative, que certains objets, animaux ou personnes, portent systématiquement bonheur ou malheur, que certains phénomènes sont des présages automatiquement auspicieux ou funestes. Pour des raisons irrationnelles que la personne superstitieuse ne saurait expliquer car non admises par la science moderne. Plusieurs superstitions ou croyances sont liées au fait de domestiquer des animaux. Les motivations liées à un tel état de fait varient selon les concernés. Si certains le font pour des raisons économiques ou par crainte de solitude, d’autres le font par souci de protection. Ces animaux élevés à la maison jouent le rôle de paravent, de barrières aux forces mystiques et occultes. Élever des animaux chez-soi revêt aussi un autre aspect. En effet, beaucoup voient dans le fait d’élever un mouton, par exemple, un signe de «weursseuk» (chance). Et dans celui du chien, une marque de protection contre les anthropophages «deumm». Toujours selon ces mêmes superstitions, rencontrer un chat noir quand on va à la quête de quelque chose est source de malheur et signe de réduction de sa chance à l’obtenir. La liste des superstitions concernant les animaux est loin d’être exhaustive.

Mouton blanc, chat noir …

Les Sénégalais passés maîtres dans l’art de la superstition et des croyances les plus inouïes, y vont chacun de son explication. Matar Diop, menuisier de son état, y croit dur comme fer. «Lorsque je venais de démarrer dans la menuiserie, un marabout m’a recommandé d’acheter un mouton, de le garder à la maison et de ne pas le tuer. Cela m’ouvrira les portes du succès et de la chance. Chose que j’ai faite et depuis lors, je ne le regrette pas, car «affaires ya ngi doxx bu baax (les affaires marchent à merveille). J’ai mon propre atelier maintenant» confie-t-il. Si pour certains, la croyance en ces superstitions a été source de bonne fortune, pour d’autres c’est carrément le contraire. C’est le cas de Malick Ndiaye, étudiant dans une école de formation de la place. «Un chat noir qui porte malheur? Évidemment que cela est vrai. En tout cas, moi, personnellement, j’y crois fermement». Très coopérant, il tient à nous conter sa mésaventure : «Je devais aller passer un concours et le matin, dès que j’ai franchi le seuil de ma porte, je tombe sur un chat noir. Cela m’a complètement déstabilisé et intérieurement, j’ai su que je ne réussirai pas à ce concours. Ce ne sont pas des futilités ou des histoires à dormir debout». Du côté des pessimistes, on croit plus en des croyances traditionnelles persistantes et têtues. Mère Aminata Mbengue, la soixantaine, une doyenne très respectée au sein de sa famille, est d’avis que ces superstitions liées aux animaux sont justes des «bêtises, des niaiseries».

Conjurer le mauvais sort

«Depuis quand voit-on un chat noir porter malheur à qui que ce soit ou un mouton apporter la bonne fortune ?» S’interroge-t-elle. Celle qui n’y voit que «des coïncidences heureuses ou malheureuses», pense que «tout relève de la volonté de Dieu». Très tenaces, les superstitions le sont. Ainsi donc, certains vont même jusqu’à croire que le fait d’avoir à la maison un chien ou un mouton permet de conjurer le mauvais sort et de se protéger contre les mangeurs d’âmes. Pour Paulette Mendy, ce fait existe bel et bien. «Ce sont nos réalités et nous les «Mancagnes», ont y croit. Dans la croyance populaire, il est dit que quand un anthropophage pénètre dans ta cour en vue de s’attaquer à quelqu’un, le chien le renifle et se met à grogner rageusement. Histoire de le dissuader», narre cette lingère, mère de quatre bouts de bois de Dieu. Même le mouton est considéré comme un excellent «bouclier» contre le mauvais sort. Il est dit que si quelque chose (un malheur ou un mauvais sort) devait s’abattre sur la famille et qu’il y a un mouton dans la demeure familiale, c’est celui-ci qui paie de sa vie «les pots cassés», en servant de paravent pour les membres de la famille. Tout le contraire pour le pigeon, dont on dit que la présence dans une maison est source de discorde ou encore de désoeuvrement. Et bien d’autres superstitions encore. Il est dit, il est dit… et il continuera toujours d’être dit. Reste seulement à le prouver !

Le chien dans la société musulmane

Du point de vue de l’Islam, qui marque une indisposition totale du musulman à l’endroit de l’espèce canine en général, dans l’imaginaire populaire des milieux islamiques, le chien est synonyme de souillure. A titre d’exemple, il serait interdit à un musulman de toucher à un chien après avoir accompli ses ablutions. Un tel acte l’obligerait ipso facto à renouveler ses ablutions avant de s’adonner à la prière. Par voie de conséquence, pour un musulman, la garde et l’entretien d’un chien chez soi devient non-recommandable. De même, s’il est d’usage chez un musulman de prier sur la peau de l’espèce bovine ou ovine, la prière sur une peau de chien est formellement interdite dans le Coran. Aussi, n’est-il pas étonnant, jusqu’à une époque récente, de voir à l’apparition soudaine de chiens, des enfants organiser une course-poursuite, armés de projectiles (cailloux).

ALY KHOUDIA DIAW, SOCIOLOGUE : «Domestiquer des animaux peut être vu comme un paravent, une recherche de sécurité par rapport aux choses mystiques»

Le sociologue Aly Khoudia Diaw revient ici sur les raisons intrinsèques qui poussent l’homme à élever et à domestiquer des animaux. Pour lui, c’est avant tout une tradition que l’on perpétue. Bien que de nos jours, elle revêt une autre explication qui serait d’ordre beaucoup plus économique. Cependant, il arrive que l’homme s’entoure aussi d’animaux domestiques pour contrecarrer les esprits maléfiques et les forces mystiques.

Il est de tradition, au Sénégal, d’élever des animaux domestiques. Comment expliquez-vous ce comportement?

Je pense que c’est une tradition bien de chez nous et si nous remontons le temps, notre subconscient nous renvoie toujours l’image du décor familial avec une cohabitation harmonieuse des hommes et des animaux domestiques, qui font presque partie de la famille. Ce sont les moutons, les chèvres, les poulets, avec leur lot de désagréments. Il y a aussi le chat qu’on aime bien traiter avec les restes de poisson, le chien qui se rebelle parfois contre les enfants qui l’empêchent de paresser tranquillement à l’ombre, bref dans notre espace familial et dans nos activités de tous les jours, les animaux domestiques font partie intégrante de notre vie. Et de nos jours, nous remarquons une nouvelle tendance dans la domestication des animaux, celle des chiots ou minous ou si vous préférez, les chats et chiens de salon. Cela est désigné sous les vocables de «vecteur de diffusion». Le font en général, les gens qui ont eu à côtoyer ou à évoluer dans un milieu occidental. Mais ils le font surtout par pur mimétisme. Mais il y a lieu de remarquer de plus en plus un autre type d’élevage à caractère commercial, qui concerne plus les bœufs, les moutons et les poulets de chair qui procure des revenus substantiels, surtout à l’occasion des fêtes de Tabaski et de Korité. Ce sont des moments privilégiés où le mouton et les poulets de chair valent leur pesant d’or. C’est un élevage de commerce, qui a tendance d’ailleurs à se rationaliser en ville pour se différencier du type d’élevage traditionnel que nous connaissons. Dans les deux cas, c’est un trait de culture que nous avons fini d’intérioriser et qui symbolise des relations de cohabitation qui dépassent même parfois le simple profit. Dans les tribus peulhs par exemple, la relation avec l’animal est sacrée et tuer un animal domestique relève presque de l’exception.

On note parfois beaucoup d’idées reçues à propos de l’élevage d’animaux domestiques. Comment analysez-vous cet état de fait ?

Vous avez raison d’évoquer cette situation. Mais comme je l’ai dit, certaines situations dépassent le simple profit. Il faut comprendre que l’environnement négro-africain est plein de mysticisme et de croyances aux forces invisibles qui font que l’homme cohabite avec les bêtes dans une symbiose et une harmonie qui marquent la ligne de démarcation entre le réel et l’irréel, le visible et l’invisible et qui tendent à conserver l’équilibre du groupe. Si par exemple un beau matin, votre joli bélier meurt, c’est parce que vous-même venez d’échapper à une mort certaine ou à un mauvais sort, et la bête a juste servi de paravent. On entend alors dire «yalna yobalé sama aye té daqualma moussiba». Ici la bête est l’intermédiaire, la frontière entre le monde des esprits et le monde des humains et quelque part, un interdit a été transgressé. D’autre part, nous connaissons tous la théorie du chat noir, qui symbolise le malheur dans notre mentalité et parfois même l’infortune. Cela veut dire que si vous cherchez quelque chose et qu’en sortant, vous croisez un chat noir, inutile de continuer, parce que la couleur noire, rapportée au chat, représente le malheur. Il en est de même pour le chien, dont nous croyons tous qu’il ne cohabite pas avec les anthropophages, ce qui nous encourage à l’avoir à nos côtés. Donc, ce sont des croyances qui nous ont vu grandir et que nous avons tendance à perpétuer, parce que dans notre subconscient, la frontière n’est pas bien grande et l’élevage d’animaux domestiques était plus une recherche de sécurité par rapport aux choses mystiques qu’une recherche de profit. C’est ce qu’on appelle prosaïquement de la superstition.

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