PARLER A QUELQU'UN COMME A UN CHIEN
Il ne fait aucun doute que parler à quelqu’un « comme à un chien » c’est ne pas avoir de considération pour cette personne et s’adresser à elle sans le moindre égard, avec dureté, mépris, méchanceté et peut-être même l’injurier.
Serait-ce donc le « modèle » pour parler à un chien ?
C’était peut-être le cas autrefois quand cet animal était considéré uniquement comme utilitaire… mais de nos jours, est-ce encore ainsi que l’on parle à son chien dans les foyers, maintenant qu’il y est intégré comme membre de la famille ?
Aussi peu « experts en communication » je vois couramment s’évertuer 2 « clans » extrêmes :
- les maîtres qui « expliquent » à leur chien
- et ceux qui « aboient » ! plus qu’ils ne lui parlent pour s’en faire obéir !
Pour le bien de tous, des maîtres et du chien, il serait bon de trouver d’abord la bonne mesure de considération de l’animal, pour savoir ensuite mieux interagir avec lui.
Le clan de ceux qui « expliquent » à leur chien
« Parfois, notre chien ne veut rien comprendre ! » me dit-on. « Nous lui expliquons pourtant bien que ce canapé n’est pas sa place, mais la nôtre… que les plates-bandes du jardin ne sont pas à arroser d’urine ! Ou même que s’il tire ainsi sur sa laisse en balade, il va finir par nous faire tomber… ! ».
J’en vois déjà qui sourient… Il m’est pourtant très souvent donné d’entendre ce genre de remarques, de la bouche de personnes convaincues de bien faire.
Privilégier à outrance le langage verbal pour interagir avec son chien, n’ouvre pas à une bonne communication. Cet animal est très doué il est vrai, mais attention à ne pas le croire pour autant capable d’accéder à ce que seuls des êtres humains peuvent appréhender.
Le chien n’a pas accès à la sémantique, c'est-à-dire au sens des mots, mais il est plutôt sensible à leur « musique » ou « mélodie ». Il est bien sûr parfaitement capable de mémoriser quantité de termes et expressions entendus dans son quotidien et de les associer à un objet ou une action.
C’est ainsi qu’il apprend que « gâteau » c’est ce régal que vous lui tendez et qu’il associe bien vite une balade à « on va promener », si son maître brandit la laisse pour se diriger dehors !
Rapidement les « gâteaux » et « on va promener » seront des signaux sonores connus qui lui feront dresser l’oreille, sachant parfaitement à quoi ils sont associés.
« Expliquer » ne sera donc réservé qu’à un enfant mais pas un chien
Optimiser la compréhension de son compagnon, c’est prendre l’habitude de lui parler avec toujours les mêmes mots simples, employés par tous les membres de la famille, avec des gestes incitateurs qui peuvent éclairer et renforcer le signal.
Faciliter la vie du chien c’est surtout savoir lui proposer des règles de vie non changeantes au gré des humeurs et emplois du temps de chacun. Les choses interdites aujourd’hui par l’un et permises demain par l’autre, mettent l’animal dans la contradiction.
Schématiquement et pour rappel, il faut maintenir : 1- Une bonne gestion de la distribution de la nourriture (sans donner à table, parce que le chien ne sait pas ce qu’est le partage)
2- Une bonne gestion des interactions avec lui, en restant neutre devant ses demandes de jeux, caresses, sorties, etc. pour rester ceux qui proposent tout échange, et cela TOUT LE TEMPS.
Sans oublier de poser des interdits sur l’occupation de certaines pièces ou places de repos.
Beaucoup confondent cela avec de la dureté, pensant que l’on ne peut ainsi plus avoir de moments privilégiés avec son chien. Ce qui est inexact, puisqu’il revient tout simplement d’initier soi-même toute interaction, au lieu que ce soit l’animal qui le fasse ! Cela fait toute la différence pour le chien qui sera de lui-même plus attentif à cette manière de communiquer, et trop content de participer.
Poser et maintenir des règles de vie, c’est offrir à son compagnon des repères stables, qui sont la quête éperdue de tant de chiens aux comportements désordonnés. A ceux qui ont quelques difficultés avec leur animal, le comportementaliste peut détailler avec précision le pourquoi et le comment de ces règles de vie, pour une mise en application cohérente et apaisante dans le quotidien.
Le clan de ceux qui «aboient» après leur chien
Dans ce « clan » là, les chiens s’y voient recevoir des ordres à tout bout de champ. Les « AU PIED ! NON ! ASSIS ! COUCHÉ ! PAS BOUGER ! À TA PLACE ! pleuvent sur le même ton du commandement impératif que les VIENS ! et les C’EST BIEN ! Les gestes de contrainte accompagnant couramment la parole, pour saisir l’animal au collier ou par la peau du cou, et lui appuyer sur le dos en réitérant les ordres parfois jusqu’à hurler !
Ces personnes ont-elles un chien sourd, moins intelligent ou plus rétif que d’autres ? N’ont-elles pas plutôt manqué de précision, constance et cohérence, dans la mise en place des règles de vie que j’évoquais plus haut (qui sont normalement structurantes et apaisantes, je le rappelle)
D’autre part, l’apprentissage des ordres de base a-t-il été mené avec assez de patiente, précision et récompenses ?
Pour apprendre à son chien les quelques ordres qui peuvent être utiles au quotidien, le ton employé et les gestes qui doivent accompagner sont de la plus grande importance. Une voix forte et résonnante propre à stopper un élan, doit plutôt être réservée à un « NON ! » ferme qui signifie au chien un interdit, mais pas à un « VIENS ! » qui doit être appris sur le ton de l’invitation joyeuse, pour susciter son empressement.
Un « VIENS » ! proféré au chien sur le ton de la menace avec un index pointé vers le pied, est tellement contradictoire avec le désir de déclencher son enthousiasme à venir! Ces ordres, ainsi que les « assis, couché » etc. devant être poussés sans rudesse, avec calme et patience jusqu’au résultat escompté, pour ne pas apprendre maladroitement au chien à ignorer nos messages, et bien sûr sans oublier de gratifier.
Pressé et imprécis, on ne peut qu’obtenir « l’à peu près » d’un animal qui peine à s’adapter, et c’est l’escalade vers un dressage « musclé » de la voix et du geste, pour contrer ses comportements de plus en plus désordonnés. Contraintes verbales ou/et physiques ne sont plus que la rupture de la communication.
Le chien est un être social et pour lui comme pour nous, tout comportement en situation d’interaction a valeur de message à l’autre. Bien « réceptionner » le message de l’émetteur, et soigner la qualité de son expression en réponse, sont donc les deux clés à détenir pour qu’en face de ce « champion de la communication », nous ne soyons pas que le « brouillon de la communication ».
Comprendre et se faire comprendre de son chien, voilà ce qui amènera immanquablement à lui parler autrement. Source : Danièle Mirat, comportementaliste spécialiste des relations Homme/Chien
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